JT et ses pairs

ZACHARY RICHARD

Nationalité : Canadienne
Site web principal : www.zacharyrichard.com
Notes : Auteur, compositeur, chanteur et poète, Zachary Richard est un des artistes les plus importants de la francophonie nord-américaine. Sa musique reflète les styles typiques de sa Louisiane natale, mais elle resiste à toute étiquette. Il réussit à créer un "gombo" musical aussi savoureux qu'unique.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------
ZACHARY RICHARD ET LES ACADIENS par Cousin J-P


Zachary Richard (mars 2001)
Par Wu Wixon


Un peu d'Histoire

Zachary Richard a l'histoire de son peuple, les Cadiens, trop ancrée dans son être pour faire fi de ses racines. Je vous impose donc un survol historique des Acadiens pour que les lecteurs saisissent le contexte de l' Acadianité (néologisme de mon cru) de Zach.

Jean Pierre Cantin dit "Cousin J-P"

Venus surtout de Bretagne et du Poitou, ce sont des paysans-colonisateurs établis dès 1610 dans la Nouvelle-Écosse actuelle. Leur territoire sera conquis (Traité d'Utrecht en 1713) par la Couronne Britannique. Puis en 1755, durant la Guerre de Sept Ans (encore!) qui opposa la France à la Grande-Bretagne, les Anglais leur demandent un serment d'allégeance à la Couronne pour combattre le Français. "Que Nenni!" leur répondent-ils. "Nous voulons rester neutres!" Les Anglais, shocked, mais pas mécontents de se débarrasser d'eux - et ne reculant aucunement devant l'arbitraire et l'injustice - déporteront et éparpilleront massivement la population acadienne, (" C'est les goddams qui viennent brûler la récolte " - chanson " Réveille " (1976)), pêle-mêle, sur des bateaux en direction de côtes pas toujours hospitalières : la côte est américaine (en pleine état de guerre d'indépendance), le port de Liverpool, les Antilles, voire les Malouines. D'autres, moins malchanceux, débarqueront à Saint-Malo et Nantes. C'est Le Grand Dérangement, un drame collectif dont les Acadiens portent encore les stigmates.

Rejetés par des hôtes récalcitrants, plusieurs d'entre eux tenteront, avec plus ou moins de bonheur, un retour vers l'Acadie. Ils constateront que leur ancien territoire est déjà occupé, que leurs belles terres sont cultivées par des loyalistes américains, réfugiés politiques de la Nouvelle-Angleterre qui, pour échapper à la tyrannie des fondateurs de la nouvelle République des Etats-Unis, ont déménagé leurs pénates plus au nord.
C'est le découragement complet. Laissés à eux-mêmes, ils erreront, décimés par les hivers rigoureux et leurs maigres ressources, dans le Nouveau-Brunswick d'aujourd'hui, sur l'île Saint-Jean (l'Île-du-Prince-Édouard) ou bien iront s'établir un peu partout, principalement au Québec mais aussi en Louisiane, territoire français à l'époque. Certains, déportés aux Antilles, iront également survivre en Louisiane.

C'est donc un peuple déchiré entre la réalité de l'occupation britannique de leurs territoires et l'espoir que la France les libérera de " cette engeance ".
La branche acado-louisianaise vivra donc près des mangroves et des bayous inhospitaliers que l'on trouve le long du Mississippi. Peuple discret et rural, il conservera sa langue, ses coutumes et saura s'adapter à son nouvel environnement. D'Acadien, il deviendra Cadien, et le A devenant une consonne affriquée, les Américains diront éventuellement Cajun.
Les derniers amérindiens des environs et les Noirs du delta du Mississipi (faut-il vraiment les appeler les "Africains-Américains" pour faire politiquement correct?) vivant dans les environs, les uns adopteront certaines coutumes des autres au cours des siècles qui suivront

Zachary Richard est donc issu de ce monde presque surréel: des francophones sans élites, sans instruction, sans relations avec d'autres francophones, vivant de pêche, d'agriculture et de chasse. Engagés plus tard comme ouvriers crève-la-faim par les compagnies pétrolifères et interdit de francophonie dans les écoles américaines, c'est un peuple qui subit mais qui reste néanmoins protégé par sa ruralité. A l'instar des Québécois, protégés, malgré 150 ans de régime britannique et de gouvernements canadiens successifs qui ont toujours nié l'existence d'un peuple québécois. (Et qui le nie toujours d'ailleurs, malgré tous les premiers ministres québécois que le gouvernement canadien a eu à sa tête!)

Zachary a vécu cette ruralité. Il s'en est un peu éloigné en allant " s'américaniser " à l'université. : Période initiatique pour lui. Diplômé d'histoire en 1972, de la Tulane University , c'est vers la musique qu'il se tourne finalement, en cette période de renouveau folk et de retour aux sources, inspirés par les mouvements de jeunes dans le monde entier. Zachary, alors très imprégné des idéaux de la Beat Generation (dont il avait rencontré en 1968 un des représentants : Allen Ginsberg) part pour New York et se lance dans une carrière de chanteur que ses parents ne voient pas d'un très bon oeil.

Une conscience cajun

Décidé à remettre en selle le répertoire de sa région natale, Zachary s'achète un accordéon diatonique, instrument symbolique de la musique cajun et apprend à en jouer tout en intégrant le français à ses chansons. Il enregistre un premier disque chez Elektra - avec notamment Steve Gadd ! - qui ne sortira jamais (on me dit, en aparté, que l'album primipare est enfin disponible)

Même s'il passe dans quelques clubs, il ne rencontre pas un grand succès et décide de retourner en Louisiane. C'est en 73 au Festival de Vierzon qu'il fait ses premières armes sur le sol français, devant un public acquis au folk. L'été suivant, il se produit à travers toute la France avec un répertoire personnel et des reprises de morceaux cajuns. En 1975, il va pour la première fois au Québec. Tout à côté, l'Acadie lui révèle une conscience politique et culturelle qui va le mener vers une certaine forme de militantisme francophone.

L'album Le Bayou Des Mystères sort en 1976 chez Kebec Disques. C'est la première production de Zachary Richard avec le groupe Bayou Drifter Band (dans lequel on retrouve son cousin Michael Doucet, futur Beausoleil). Le second opus qui date de l'année suivante, est intitulé Mardi Gras et sort cette fois chez Polydor avec un titre phare, "Travailler c'est trop dur ", reprise d'un traditionnel cajun. Ce morceau sera repris en 1978 par Julien Clerc, ce qui contribuera à le rendre encore plus célèbre.
L'album Migration sort en 1978 et devient disque d'Or au Québec où Zachary s'est installé. A la musique traditionnelle cajun et zydeco, vient s'ajouter le blues et le rock anglo-saxon. Ce mélange est la marque de fabrique incontestable du Louisianais qui a parfois du mal à le faire accepter. Mais Zachary est inspiré: il enchaîne Allons Danser en 1979, un Live à Montréal en 1980, Vent d'Été en 1981, avant Zack Attack en 1984 qui est le premier album qu'il sort après sa réinstallation en Louisiane, à Lafayette. Car même s'il chante en français, Zachary est très attaché à sa terre natale américaine. Cet album ne reçoit pas l'accueil escompté. De l'aveu même de l'artiste a posteriori, les influences diverses exprimées sur le disque ne donnent pas un résultat homogène et harmonieux. Constat qui le pousse sans doute à prendre des chemins artistiques un peu différents.


Changement de cap
En 1986, sort Looking Back en même temps qu'il se produit à Paris, à l'Olympia le 24 février et au Festival du Printemps de Bourges en avril. Zack's Bon Ton (1988) précède Mardi Gras Mambo qui comprend des titres en anglais, comme " Everytime ", aux accents réellement bluesy, histoire de conquérir le public anglophone.

Zachary signe alors un nouveau contrat avec la maison de disques internationale, A&M et publie en 1990 Women In The Room. L'instrumentation s'y montre beaucoup plus dépouillée que dans les disques précédents, ce qui a pour résultat d'accentuer l'esprit rock que l'artiste désire insuffler à ses chansons. Le simple, extrait de l'album s'intitule "My Nanette".

Dans la même veine, l'album Snake Bite Love sort deux ans plus tard. Le disque est produit par Bill Wray qui, auparavant, a travaillé avec des groupes de rock "musclés". Les critiques musicaux comparent les chansons de l'album à celles de Springsteen. Le son y est résolument plus anglo-saxon.

A la faveur d'un voyage au Canada en 1995, Zachary renoue avec la langue française. Il compose et écrit des textes dans la langue de Molière et enregistre donc un album Cap Enragé qui sort l'année suivante . D'aucuns disent qu'il s'agit là de l'album le plus abouti de sa carrière. Il est certifié en décembre 1997 disque de platine au Canada (300.000 exemplaires) et Zachary reçoit le Félix de "l'Artiste de la Francophonie s'étant le plus illustré au Québec".
Il profite de ce "retour aux sources" pour effectuer une tournée en France : il passe par le festival du Printemps de Bourges en avril et les Francofolies de La Rochelle en juillet. Il revient aussi au Québec où il se produit au Festival d'Été de Québec et aux Francofolies de Montréal. Comme chaque année depuis 81, il donne un concert au Jazz & Heritage Festival de la Nouvelle Orléans.

Zach avec Jimmy Buffett en 2002 à la Nouvelle Orléans

Tout dernièrement, en octobre 2002, il a donné un spectacle au Théâtre de Vincennes et un peu partout en France avec, en première partie, son ami de longue date Michel Rivard, ex-Beau Dommage. ( voir le compte rendu de notre président Serge Wolvert).

Son dernier CD en lice s'appelle Cœur Fidèle (1998).

Les activités de Zachary Richard ne se cantonnent pas à l'enregistrement de disques et aux concerts. Il écrit aussi de la poésie, milite évidemment pour la cause des Cajuns en général, et en particulier, pour la survivance de la langue française en Louisiane. Il soutient aussi des organisations et associations écologistes.

Musicien, compositeur, poète, écrivain, producteur de documentaires, Zachary Richard est avant tout un passionné de l'identité Cadienne. Sans être un nostalgique angélique, c'est un militant qui cherche à faire connaître le passé pour mieux vivre le présent.

Cousin J-P
---------------------------------------------------------------------------------------------------------

Compte rendu de concert par Serge Wolvert

Festival de Marne du 17/12/2002 - Centre Georges Pompidou à Vincennes

Rien que deux heures pour aller de la porte de Clichy à la Porte de Vincennes par le périf par temps de pluie et en plus la voiture qui chauffait, ça commençait plutôt bien !

En fait le Festival de Marne présente tous les automnes une série de concerts dans différentes villes du Val de Marne et cette année, le thème était : les chanteurs francophones d’outre atlantique.

Sam me fit le cadeau de m’informer de cette alléchante affiche et pour moi voir le Zach ( comme on dit le Zim pour Dylan) était un vieux rêve et en plus Michel Rivard dans la même soirée, je ne pouvais manquer cela pour rien au monde !

La salle du centre Pompidou de Vincennes est à peu près l'équivalent de l'Olympia sans le balcon, mais tout aussi confortable et dotée d'une acoustique exceptionnelle !

Cherchant Sam, mes yeux habitués à trouver les bons plans dans les"vide-greniers”, je tombai sur Maxime le Forestier ! ( ami - et producteur à une époque - de Michel Rivard) et sachant par instinct qu'il était aussi fan de James, je lui ai présenté la carte du site, il m'a dit que c'était super d'avoir fait un site français consacré à James et qu'il allait se précipiter dessus en rentrant chez lui, il doit nous écrire un petit mot sur le forum.

En lui parlant d'un futur Tribute à Paris, il trouva l'idée bonne. je lui ai dis qu'il était le bienvenu s' il le voulait ! mais attendons maintenant qu'il nous fasse signe.

« Light out » Le spectacle pouvait donc commencer !

Polly-Esther : agréable mélange acoustique avec une fabuleuse violoniste. de très belles mélodies ...mais que ces deux filles chantaient bien ! (enfin pas des gueulardes !)

Michel Rivard : on savait que l’ex leader de Beau dommage était un subtil songwriter, mais il nous fit profiter aussi de son talent de conteur en nous faisant voyager en Gaspésie, le pauvre a eu des problèmes avec sa "Taylor" ( la pile je crois ) la "Guild" en revanche sonnait, mais sonnait ! il chante super bien ce mec, et nous avons eu droit en rappel à "la Complainte du Phoque en Alaska"

Ils sont bons ces Canadiens ! Et ça change de ceux qui passent à la télé !

Quant à Zachary Richard nous avons eu droit à la totale CAP ENRAGÉ et COEUR FIDÈLE , grosse émotion lorsqu’il entama les premières mesure de « Lac Bijou », le groupe qui l’accompagnait était composé de musiciens hors pair rodés par deux ans de tournée.

Notre cousin JP du New Brunswick m'avait parlé de la voix de Lina Boudreau. T’as raison, quelle claque ! en plus elle est super sympa, nous avons parlé après le concert à propos de Rosemary Butler et de Arnold McCuller.

Bref le set de Zach fut époustouflant ...... Mais pourquoi n’étiez vous pas la ?

Après avoir discuté avec la belle Lina je me dirigeai dans la loge de notre Acadien Zach

Très cool, très relax nous avons discuté 10 minutes environ. La réponse à ta question, JP : Bien sûr qu'il est fan de James, mais il est - et veut rester ! - en retrait du showbiz à grande échelle car sa mission première n’est autre que son combat pour la Francophonie. cette langue française que nous ne savons même pas respecter ! (Voir plus loin à ce sujet le rapport mensuel de Zach pour janvier 2003, il nous expose son point de vue concernant ses craintes sur la culture francophone).

Quelques albums de nos amis à vous conseiller

Michel Rivard :

« Le Goût de l’Eau »: un album émouvant, très intimiste également. On y trouve le merveilleux « Bille de Verre » co-écrit avec Maxime le Forestier …. Indispensable !

« Maudit bonheur » son dernier album en date (1998). Un disque inspiré et mature ou l’on sent de grosses influences (Joni Mitchell , David Crosby , James et le grand Jacques Brel)

Zachary Richard :

« Cap enragé » Vendu à des millions d’exemplaire Outre-Atlantique, c’est le chef d’œuvre absolu de Zach ou se mêlent, ballades mélancoliques et textes d’une immense beauté ! Cap enragé fait sans aucun doute partie des dix disques que j’emmènerai sur une île déserte !

« Cœur fidele » de la même veine que « cap enragé » en un peu plus bluesy plus rock aussi, ce disque nous fait découvrir des personnages authentiques, hauts en couleur de ce pays où « les moustiques sont gros comme des bergers allemands » (dixit Zach durant le concert) ! !

---------------------------------------------------------------------------------------------------------
Rapport mensuel de Zachary Richard - Janvier 2003

La première fois que je suis allé en France, j’avais 16 ans. Mes parents m’avaient envoyé dans un voyage d’étude…de culture française. Moi et mes collègues américains avons vécu pendant six semaines en France et en Suisse, parlant français, suivant des cours de langue et de culture française. À cette époque, j’avais une certaine prétention de sophistication. Je me sentais bien raffiné, bien cosmopolite. J’écoutais Antonio Carlos Jobim, et Andy Willaims et je rêvais de devenir un avocat international avec des résidences en Europe et en Amérique Latine. Je me souviens de mon premier bol de fraises à la crème fraîche, mangé sur une terrasse à Leysin, regardant les Alpes, en écoutant « A Whiter Shade of Pale » (qui reste avec « The Weight », ma chanson préférée). J’étais amoureux d’une cubaine que j’avais rencontrée à New York. Mon meilleur ami était de San Salvador. La culture française correspondait à ma poursuite de sophistication. Ça faisait partie de la panoplie de mes connaissances mondaines. J’étais encore loin d’une revendication francophone.

En 1973 je suis allé en France pour la deuxième fois. J’avais rencontré un Français à Lafayette l’année précédente. Il était un des premiers Français, sinon le premier, à visiter le pays cadien à la recherche de la musique traditionnelle. A cette époque, peu ou pas de gens en France savaient qu’il existait encore en Louisiane une communauté francophone. Il avait rencontré ma cousine à New York qui lui avait expliqué qu’il y avait encore une communauté francophone en Louisiane. Ce qui fait qu’un beau jour, il est arrivé sur ma galerie un peu comme un chien errant, incertain, ne sachant pas s’il devait avancer ou partir en courrant. On est devenu de très bons amis, et l’année suivante il m’a proposé une tournée musicale en France. (Nous sommes restés de très bons amis. Il habite Los Angeles maintenant et continue le métier qu’il apprenait quand nous nous sommes rencontrés, celui de luthier de guitare, Visitez son site au www.jamestrussart.com)

À l’été de 1973, je venais de finir une année à New York. Le disque que j’avais enregistré avec tant de ferveur étais consigné à l’oubli, victime de la politique d’une grande maison de disque. En arrivant en France, moi et mon partenaire, Michael Doucet, étions reçus a bras ouvert par le public. Nous avons joué dans plusieurs festivals de folk, et avons reçu l’acclamation partout où nous sommes passé. Après l’aventure new yorkaise, qui m’avait provoqué une certaine amertume, c’était très satisfaisant de recevoir les éloges d’un nouveau public. C’était la belle époque de la musique folk en France. Avec Alain Stivel et Malicorne en tête, la musique dite folk exerçait beaucoup d’influence sur le public en général. J’étais prêt à prendre ma place dans cette mouvance, surtout après mon expérience décevante aux Etats-Unis. À partir de ce moment, il me semblait que mon avenir allait se passer en langue française. J’ai commencé à traduire mes chansons de langue anglaise en français et j’ai commencé à écrire mes premières chansons de langue française.

Après un début si prometteur, mon prochain voyage en France ne fut pas un succès. Mon ami James Trussart s’était installé dans une magnifique maison sur la colline inspirée de Sion, à mi-chemin entre Nancy et Strasbourg. C’était le quartier général de tous les musiciens du coin et c’est devenu la base de mes aventures en France. Pendant plusieurs années, j’arrivais à Sion avec un entourage de musiciens américains que je complétais avec des musiciens français faisant ainsi un groupe néo-folk-rock-Cajun avec lequel je parcourrais les chemins de France. Malgré ce départ prometteur, je n’ai jamais réussi à prendre une place plus importante sur la scène française. D’abord le mouvement folk était en déclin après une brève période de gloire, et ensuite la formation que je présentais ne correspondait pas aux attentes du public folk. Dès que je pouvais me le permettre, j’ai ajouté basse et batterie au groupe, chose qui était blasphème pour les folkeux. On jouait un mélange de folk et de rock incompréhensible pour les promoteurs et en plus on chantait en français, chose qui était encore plus incompréhensible. Un Américain voulant chanter en français était inconcevable. Chose qui m’a bouleversé beaucoup. (Je n’ai pas eu un article dans le journal « Rock et Folk », espèce de bible de la musique en France, jusqu’à ce que j’aie lancé mon premier album de langue anglaise!!!) Ensuite est arrivé mon premier succès au Québec ce qui a fait que mes voyages en France sont devenus de plus en plus rares.

Cette incapacité de concevoir mon identité de francophone louisianais de la part de la presse française a toujours été pour moi la cause de beaucoup de chagrin. J’avais été gâté par ce premier voyage de 1973. Nous avons été reçu comme des seigneurs, des francophones Cadiens de la Louisiane, revenus dans la mère patrie après 400 ans et après avoir créer un nouveau style de musique à la fois américaine et de langue française. Mais une fois que j’avais offusqué le public folk avec ma section rythmique électrique, du coup je n’avais plus de chez-soi au près du public français. Je n’arrivais pas à trouver l’accès au grand public parce qu’on ne comprenait pas le fond de mon identité et encore moins la musique que je faisais. Je faisais la tournée de festivals de jazz faute de pouvoir trouver autre chose. Comme je venais de la Louisiane qui n’est pas très loin de le Nouvelle-Orléans, les organisateurs des festivals de jazz ont pu concevoir une place pour moi dans leur programmation. Mais je n’arrivais toujours pas à rejoindre le public. Il y avait toujours l’industrie musicale qui intervenait pour empêcher mon accès au grand public. Par contre l’accueil du public français a toujours été très chaleureux, ce qui me convainc que le problème est un problème de perception uniquement.

Tout cela peut paraître comme une harangue anti-French. J’admets une certaine intolérance vis-à-vis de certains aspects de la culture française, genre tout le monde qui fume, les chiens dans les restaurants et l’engueulade à la parisienne, mais mon malaise est beaucoup plus profond et donc beaucoup plus difficile à éradiquer. Il me semble qu’au moins la France doit une certaine reconnaissance à ses anciennes colonies, aux descendants de ses propres enfants qui sentent encore aujourd’hui une grande sensibilité pour la mère patrie. Ce qui frappe nous les francophones nord américains c’est l’indifférence à notre situation de la part de la France. On considère que c’est très folklorique, le Québec avec ses hivers interminables et son sucre d’érable, ou bien la Louisiane avec sa cuisine épicée et ses « Cajuns » (on n’arrive même pas à bien prononcer « Cadien » en France prenant l’orthographe des Américains ce qui donne une façon de prononcer très agaçante pour l’oreille cadienne), mais on n’imagine pas la réalité d’une communauté francophone confrontée à sa disparition face à la machine à vapeur de la culture américaine. En France on a plutôt tendance à imiter la culture américaine au point de faire l’éloge d’une culture Américano-French tout en négligeant les communautés francophones en Amérique. Ce qui est choquant pour les francophones nord-américains. Exemple : suite à notre spectacle à Paris (oops…à Vincennes) récemment, j’ai été accosté dans la loge par un fan. A moment donné il me faisait des compliments sur mon talent de « song-writer », prononcé évidemment d’une façon assez étrange. En Amérique, on ferait l’effort d’utiliser le mot « auteur-compositeur », mais en France, c’est plus normal, plus prestigieux d’employer le mot anglais. Comme on le fait partout d’ailleurs : parking, morphing, coming out, building, e-Mail, etc. Ce qui n’est pas en elle même une chose abominable, mais ça me frappe d’une drôle de manière de voir la France et surtout les médias français se presser d’employer le dernier mot à la mode, pendant que nous en Amérique du Nord luttons parfois désespérément pour garder notre langue. On a souvent l’impression que la France entière serait plus heureuse de pouvoir parler anglais et tant pis pour la langue de Molière.

Cette course à la mode, surtout à la télévision et parmi les médias, est la cause de mon chagrin. Paris est, après tout, le capital de la mode. La mode, comparée à la culture, est quelque chose d’éphémère, voire pauvre. Les changements culturels prennent beaucoup de temps, et par conséquent, durent très longtemps. La mode dure le temps d’une saison. Je me sens frustré dans cette ville de mode de ne pas être moi-même à la mode. Mais je ne suis pas et je pense que je suis totalement incapable de devenir à la mode. Je suis ce que je suis et c’est tout. Et je reste profondément francophile. Comment ne pas aimer un pays qui a donné au monde ses traditions démocratiques, pays qui reste un phare de tolérance dans un monde qui devient de plus en plus intolérant. En plus ses arts de la table. En plus la douce campagne française. (Je viens de découvrir la magnifique côte normande, marchant la falaise d’Etretat à Fécamp. Il existe en France encore des milliers de villages où l’on se sent à l’abri de la folie de surconsommation qui se répand comme une plaie autour de la planète). En plus l’amour d’une parisienne qui continue à m’inspirer après un quart de siècle de vie commune. Dans la rue à Paris voyant deux chauffeurs se disputer pour un centimètre d’espace, ou dans la banque où c’est l’anarchie totale devant le bureau de l’agent, personne ne respectant la queue, ou bien regardant la télévision pour voir une speakerine s’efforcer de prononcer le dernier anglicisme à la mode, c’est parfois difficile de contrôler mon arrogance américaine face à ce que je conçois comme l’arrogance française. Mais après avoir traîner ma brouette en France depuis bientôt trente ans, j’ai fini par comprendre que c’est à moi de faire comprendre au public français mon histoire, de les sensibiliser à la situation francophone nord-américaine. On ne peut pas imposer les préjugés d’une culture sur une autre. Tout ce qu’on peut essayer de faire, c’est de faire comprendre aux gens. Et en France, par rapport à mon histoire et l’histoire de mon pays, ce n’est pas qu’ils s’en foutent, c’est qu’ils ne savent pas. Et c’est à moi de leur faire savoir.

 
Envoyez nous un e-mail