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Zachary
Richard est
donc issu de ce monde presque surréel: des francophones sans
élites, sans instruction, sans relations avec d'autres francophones,
vivant de pêche, d'agriculture et de chasse. Engagés
plus tard comme ouvriers crève-la-faim par les compagnies
pétrolifères et interdit de francophonie dans les
écoles américaines, c'est un peuple qui subit mais
qui reste néanmoins protégé par sa ruralité.
A l'instar des Québécois, protégés,
malgré 150 ans de régime britannique et de gouvernements
canadiens successifs qui ont toujours nié l'existence d'un
peuple québécois. (Et qui le nie toujours d'ailleurs,
malgré tous les premiers ministres québécois
que le gouvernement canadien a eu à sa tête!)
Zachary a vécu
cette ruralité. Il s'en est un peu éloigné
en allant " s'américaniser " à l'université.
: Période initiatique pour lui. Diplômé d'histoire
en 1972, de la Tulane University , c'est vers la musique
qu'il se tourne finalement, en cette période de renouveau
folk et de retour aux sources, inspirés par les mouvements
de jeunes dans le monde entier. Zachary, alors très imprégné
des idéaux de la Beat Generation (dont il avait rencontré
en 1968 un des représentants : Allen Ginsberg) part pour
New York et se lance dans une carrière de chanteur que ses
parents ne voient pas d'un très bon oeil.

Une conscience cajun
Décidé à remettre en selle le répertoire
de sa région natale, Zachary s'achète un accordéon
diatonique, instrument symbolique de la musique cajun et apprend
à en jouer tout en intégrant le français à
ses chansons. Il enregistre un premier disque chez Elektra
- avec notamment Steve Gadd ! - qui ne sortira jamais (on
me dit, en aparté, que l'album primipare est enfin disponible)
Même s'il passe dans quelques clubs, il ne rencontre pas un
grand succès et décide de retourner en Louisiane.
C'est en 73 au Festival de Vierzon qu'il fait ses premières
armes sur le sol français, devant un public acquis au folk.
L'été suivant, il se produit à travers toute
la France avec un répertoire personnel et des reprises de
morceaux cajuns. En 1975, il va pour la première fois au
Québec. Tout à côté, l'Acadie lui révèle
une conscience politique et culturelle qui va le mener vers une
certaine forme de militantisme francophone.
L'album Le Bayou Des Mystères sort en 1976 chez Kebec
Disques. C'est la première production de Zachary Richard
avec le groupe Bayou Drifter Band (dans lequel on retrouve son cousin
Michael Doucet, futur Beausoleil). Le second opus qui date
de l'année suivante, est intitulé Mardi Gras et sort
cette fois chez Polydor avec un titre phare, "Travailler
c'est trop dur ", reprise d'un traditionnel cajun. Ce morceau
sera repris en 1978 par Julien Clerc, ce qui contribuera
à le rendre encore plus célèbre.
L'album Migration sort en 1978 et devient disque d'Or au
Québec où Zachary s'est installé. A la musique
traditionnelle cajun et zydeco, vient s'ajouter le blues et le rock
anglo-saxon. Ce mélange est la marque de fabrique incontestable
du Louisianais qui a parfois du mal à le faire accepter.
Mais Zachary est inspiré: il enchaîne Allons Danser
en 1979, un Live à Montréal en 1980, Vent
d'Été en 1981, avant Zack Attack en 1984
qui est le premier album qu'il sort après sa réinstallation
en Louisiane, à Lafayette. Car même s'il chante en
français, Zachary est très attaché à
sa terre natale américaine. Cet album ne reçoit pas
l'accueil escompté. De l'aveu même de l'artiste a posteriori,
les influences diverses exprimées sur le disque ne donnent
pas un résultat homogène et harmonieux. Constat qui
le pousse sans doute à prendre des chemins artistiques un
peu différents.
Changement de cap
En 1986, sort Looking Back en même temps qu'il se produit
à Paris, à l'Olympia le 24 février et
au Festival du Printemps de Bourges en avril. Zack's Bon
Ton (1988) précède Mardi Gras Mambo
qui comprend des titres en anglais, comme " Everytime
", aux accents réellement bluesy, histoire de conquérir
le public anglophone.

Zachary signe alors un
nouveau contrat avec la maison de disques internationale, A&M et publie en 1990 Women In The Room. L'instrumentation s'y
montre beaucoup plus dépouillée que dans les disques
précédents, ce qui a pour résultat d'accentuer
l'esprit rock que l'artiste désire insuffler à ses
chansons. Le simple, extrait de l'album s'intitule "My Nanette".
Dans la même veine, l'album Snake Bite Love sort deux
ans plus tard. Le disque est produit par Bill Wray qui, auparavant,
a travaillé avec des groupes de rock "musclés".
Les critiques musicaux comparent les chansons de l'album à
celles de Springsteen. Le son y est résolument plus anglo-saxon.

A la faveur d'un voyage
au Canada en 1995, Zachary renoue avec la langue française.
Il compose et écrit des textes dans la langue de Molière
et enregistre donc un album Cap Enragé qui sort l'année
suivante . D'aucuns disent qu'il s'agit là de l'album le
plus abouti de sa carrière. Il est certifié en décembre
1997 disque de platine au Canada (300.000 exemplaires) et Zachary
reçoit le Félix de "l'Artiste de la Francophonie
s'étant le plus illustré au Québec".
Il profite de ce "retour aux sources" pour effectuer une
tournée en France : il passe par le festival du Printemps
de Bourges en avril et les Francofolies de La Rochelle
en juillet. Il revient aussi au Québec où il se produit
au Festival d'Été de Québec et aux Francofolies
de Montréal. Comme chaque année depuis 81, il
donne un concert au Jazz & Heritage Festival de la Nouvelle
Orléans.

Zach avec Jimmy Buffett en 2002 à la Nouvelle Orléans
Tout dernièrement,
en octobre 2002, il a donné un spectacle au Théâtre
de Vincennes et un peu partout en France avec, en première
partie, son ami de longue date Michel Rivard, ex-Beau Dommage.
( voir le compte rendu de notre président Serge Wolvert).
Son dernier CD en lice s'appelle Cur Fidèle
(1998).
Les activités
de Zachary Richard ne se cantonnent pas à l'enregistrement
de disques et aux concerts. Il écrit aussi de la poésie,
milite évidemment pour la cause des Cajuns en général,
et en particulier, pour la survivance de la langue française
en Louisiane. Il soutient aussi des organisations et associations
écologistes.
Musicien, compositeur, poète, écrivain, producteur
de documentaires, Zachary Richard est avant tout un passionné
de l'identité Cadienne. Sans être un nostalgique angélique,
c'est un militant qui cherche à faire connaître le
passé pour mieux vivre le présent.
Cousin J-P
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Compte
rendu de concert par Serge Wolvert
Festival de Marne
du 17/12/2002 - Centre Georges Pompidou à Vincennes
Rien que deux heures
pour aller de la porte de Clichy à la Porte de Vincennes
par le périf par temps de pluie et en plus la voiture qui
chauffait, ça commençait plutôt bien !
En fait le Festival de
Marne présente tous les automnes une série de concerts
dans différentes villes du Val de Marne et cette année,
le thème était : les chanteurs francophones doutre
atlantique.
Sam me fit le cadeau
de minformer de cette alléchante affiche et pour moi
voir
le Zach ( comme on dit le Zim pour Dylan) était un
vieux rêve et en plus Michel Rivard dans la même soirée,
je ne pouvais manquer cela pour rien au monde !
La salle du centre Pompidou
de Vincennes est à peu près l'équivalent de
l'Olympia sans le balcon, mais tout aussi confortable et dotée
d'une acoustique exceptionnelle !
Cherchant Sam, mes yeux
habitués à trouver les bons plans dans les"vide-greniers, je tombai sur Maxime le Forestier ! ( ami
- et producteur à une époque - de Michel Rivard) et sachant
par instinct qu'il était aussi fan de James, je lui ai présenté
la carte du site, il m'a dit que c'était super d'avoir fait
un site français consacré à James et qu'il
allait se précipiter dessus en rentrant chez lui, il doit
nous écrire un petit mot sur le forum.
En lui parlant d'un futur
Tribute à Paris, il trouva l'idée bonne. je lui ai
dis qu'il était le bienvenu s' il le voulait ! mais attendons
maintenant qu'il nous fasse signe.
« Light out
» Le spectacle pouvait donc commencer !
Polly-Esther :
agréable mélange acoustique avec une fabuleuse violoniste.
de très belles mélodies ...mais que ces deux filles
chantaient bien ! (enfin pas des gueulardes !)
Michel Rivard :
on savait que lex leader de Beau dommage était un subtil
songwriter, mais il nous fit profiter aussi de son talent de conteur
en nous faisant voyager en Gaspésie, le pauvre a eu des problèmes
avec sa "Taylor" ( la pile je crois ) la "Guild"
en revanche sonnait, mais sonnait ! il chante super bien ce mec,
et nous avons eu droit en rappel à "la Complainte du
Phoque en Alaska"
Ils sont bons ces Canadiens
! Et ça change de ceux qui passent à la télé
!
Quant à Zachary
Richard nous avons eu droit à la totale CAP ENRAGÉ
et COEUR FIDÈLE , grosse émotion lorsquil
entama les premières mesure de « Lac Bijou »,
le groupe qui laccompagnait était composé de
musiciens hors pair rodés par deux ans de tournée.
Notre cousin JP du New
Brunswick m'avait parlé de la voix de Lina Boudreau.
Tas raison, quelle claque ! en plus elle est super sympa,
nous avons parlé après le concert à propos
de Rosemary Butler et de Arnold McCuller.
Bref le set de Zach
fut époustouflant ...... Mais pourquoi nétiez
vous pas la ?
Après avoir discuté
avec la belle Lina je me dirigeai dans la loge de notre Acadien
Zach

Très cool, très
relax nous avons discuté 10 minutes environ. La réponse
à ta question, JP : Bien sûr qu'il est fan de James, mais
il est - et veut rester ! - en retrait du showbiz à grande
échelle car sa mission première nest autre
que son combat pour la Francophonie. cette langue française
que nous ne savons même pas respecter ! (Voir plus loin à ce sujet le rapport mensuel de Zach pour
janvier 2003, il nous expose son point de vue concernant ses
craintes sur la culture francophone).
Quelques albums de
nos amis à vous conseiller
Michel Rivard :
« Le Goût
de lEau »: un album émouvant, très
intimiste également. On y trouve le merveilleux «
Bille de Verre » co-écrit avec Maxime le Forestier
. Indispensable
!
« Maudit bonheur
» son dernier album en date (1998). Un disque inspiré
et mature ou lon sent de grosses influences (Joni Mitchell
, David Crosby , James et le grand
Jacques Brel)
Zachary Richard :
« Cap enragé » Vendu à des millions dexemplaire Outre-Atlantique,
cest le chef duvre absolu de Zach ou se mêlent,
ballades mélancoliques et textes dune immense beauté ! Cap enragé
fait sans aucun doute partie des dix disques que jemmènerai
sur une île déserte !
« Cur
fidele »
de la même veine que « cap enragé » en
un peu plus bluesy plus rock aussi, ce disque nous fait découvrir
des personnages authentiques, hauts en couleur de ce pays où
« les moustiques sont gros comme des bergers allemands »
(dixit Zach durant le concert) ! !
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Rapport
mensuel de Zachary Richard - Janvier 2003
La
première fois
que je suis allé en France, javais 16 ans. Mes parents
mavaient envoyé dans un voyage détude
de
culture française. Moi et mes collègues américains
avons vécu pendant six semaines en France et en Suisse, parlant
français, suivant des cours de langue et de culture française.
À cette époque, javais une certaine prétention
de sophistication. Je me sentais bien raffiné, bien cosmopolite.
Jécoutais Antonio Carlos Jobim, et Andy Willaims et
je rêvais de devenir un avocat international avec des résidences
en Europe et en Amérique Latine. Je me souviens de mon premier
bol de fraises à la crème fraîche, mangé
sur une terrasse à Leysin, regardant les Alpes, en écoutant
« A Whiter Shade of Pale » (qui reste avec « The
Weight », ma chanson préférée). Jétais
amoureux dune cubaine que javais rencontrée à
New York. Mon meilleur ami était de San Salvador. La culture
française correspondait à ma poursuite de sophistication.
Ça faisait partie de la panoplie de mes connaissances mondaines.
Jétais encore loin dune revendication francophone.
En
1973 je suis allé en France pour la deuxième fois.
Javais rencontré un Français à Lafayette
lannée précédente. Il était un
des premiers Français, sinon le premier, à visiter
le pays cadien à la recherche de la musique traditionnelle.
A cette époque, peu ou pas de gens en France savaient quil
existait encore en Louisiane une communauté francophone.
Il avait rencontré ma cousine à New York qui lui avait
expliqué quil y avait encore une communauté
francophone en Louisiane. Ce qui fait quun beau jour, il est
arrivé sur ma galerie un peu comme un chien errant, incertain,
ne sachant pas sil devait avancer ou partir en courrant. On
est devenu de très bons amis, et lannée suivante
il ma proposé une tournée musicale en France.
(Nous sommes restés de très bons amis. Il habite Los
Angeles maintenant et continue le métier quil apprenait
quand nous nous sommes rencontrés, celui de luthier de guitare,
Visitez son site au www.jamestrussart.com)
À
lété de 1973, je venais de finir une année
à New York. Le disque que javais enregistré
avec tant de ferveur étais consigné à loubli,
victime de la politique dune grande maison de disque. En arrivant
en France, moi et mon partenaire, Michael Doucet, étions
reçus a bras ouvert par le public. Nous avons joué
dans plusieurs festivals de folk, et avons reçu lacclamation
partout où nous sommes passé. Après laventure
new yorkaise, qui mavait provoqué une certaine amertume,
cétait très satisfaisant de recevoir les éloges
dun nouveau public. Cétait la belle époque
de la musique folk en France. Avec Alain Stivel et Malicorne en
tête, la musique dite folk exerçait beaucoup dinfluence
sur le public en général. Jétais prêt
à prendre ma place dans cette mouvance, surtout après
mon expérience décevante aux Etats-Unis. À
partir de ce moment, il me semblait que mon avenir allait se passer
en langue française. Jai commencé à traduire
mes chansons de langue anglaise en français et jai
commencé à écrire mes premières chansons
de langue française.
Après
un début si prometteur, mon prochain voyage en France ne
fut pas un succès. Mon ami James Trussart sétait
installé dans une magnifique maison sur la colline inspirée
de Sion, à mi-chemin entre Nancy et Strasbourg. Cétait
le quartier général de tous les musiciens du coin
et cest devenu la base de mes aventures en France. Pendant
plusieurs années, jarrivais à Sion avec un entourage
de musiciens américains que je complétais avec des
musiciens français faisant ainsi un groupe néo-folk-rock-Cajun
avec lequel je parcourrais les chemins de France. Malgré
ce départ prometteur, je nai jamais réussi à
prendre une place plus importante sur la scène française.
Dabord le mouvement folk était en déclin après
une brève période de gloire, et ensuite la formation
que je présentais ne correspondait pas aux attentes du public
folk. Dès que je pouvais me le permettre, jai ajouté
basse et batterie au groupe, chose qui était blasphème
pour les folkeux. On jouait un mélange de folk et de rock
incompréhensible pour les promoteurs et en plus on chantait
en français, chose qui était encore plus incompréhensible.
Un Américain voulant chanter en français était
inconcevable. Chose qui ma bouleversé beaucoup. (Je
nai pas eu un article dans le journal « Rock et Folk
», espèce de bible de la musique en France, jusquà
ce que jaie lancé mon premier album de langue anglaise!!!)
Ensuite est arrivé mon premier succès au Québec
ce qui a fait que mes voyages en France sont devenus de plus en
plus rares.
Cette
incapacité de concevoir mon identité de francophone
louisianais de la part de la presse française a toujours
été pour moi la cause de beaucoup de chagrin. Javais
été gâté par ce premier voyage de 1973.
Nous avons été reçu comme des seigneurs, des
francophones Cadiens de la Louisiane, revenus dans la mère
patrie après 400 ans et après avoir créer un
nouveau style de musique à la fois américaine et de
langue française. Mais une fois que javais offusqué
le public folk avec ma section rythmique électrique, du coup
je navais plus de chez-soi au près du public français.
Je narrivais pas à trouver laccès au grand
public parce quon ne comprenait pas le fond de mon identité
et encore moins la musique que je faisais. Je faisais la tournée
de festivals de jazz faute de pouvoir trouver autre chose. Comme
je venais de la Louisiane qui nest pas très loin de
le Nouvelle-Orléans, les organisateurs des festivals de jazz
ont pu concevoir une place pour moi dans leur programmation. Mais
je narrivais toujours pas à rejoindre le public. Il
y avait toujours lindustrie musicale qui intervenait pour
empêcher mon accès au grand public. Par contre laccueil
du public français a toujours été très
chaleureux, ce qui me convainc que le problème est un problème
de perception uniquement.
Tout
cela peut paraître comme une harangue anti-French. Jadmets
une certaine intolérance vis-à-vis de certains aspects
de la culture française, genre tout le monde qui fume, les
chiens dans les restaurants et lengueulade à la parisienne,
mais mon malaise est beaucoup plus profond et donc beaucoup plus
difficile à éradiquer. Il me semble quau moins
la France doit une certaine reconnaissance à ses anciennes
colonies, aux descendants de ses propres enfants qui sentent encore
aujourdhui une grande sensibilité pour la mère
patrie. Ce qui frappe nous les francophones nord américains
cest lindifférence à notre situation de
la part de la France. On considère que cest très
folklorique, le Québec avec ses hivers interminables et son
sucre dérable, ou bien la Louisiane avec sa cuisine
épicée et ses « Cajuns » (on narrive
même pas à bien prononcer « Cadien » en
France prenant lorthographe des Américains ce qui donne
une façon de prononcer très agaçante pour loreille
cadienne), mais on nimagine pas la réalité dune
communauté francophone confrontée à sa disparition
face à la machine à vapeur de la culture américaine.
En France on a plutôt tendance à imiter la culture
américaine au point de faire léloge dune
culture Américano-French tout en négligeant les communautés
francophones en Amérique. Ce qui est choquant pour les francophones
nord-américains. Exemple : suite à notre spectacle
à Paris (oops
à Vincennes) récemment,
jai été accosté dans la loge par un fan.
A moment donné il me faisait des compliments sur mon talent
de « song-writer », prononcé évidemment
dune façon assez étrange. En Amérique,
on ferait leffort dutiliser le mot « auteur-compositeur
», mais en France, cest plus normal, plus prestigieux
demployer le mot anglais. Comme on le fait partout dailleurs
: parking, morphing, coming out, building, e-Mail, etc. Ce qui nest
pas en elle même une chose abominable, mais ça me frappe
dune drôle de manière de voir la France et surtout
les médias français se presser demployer le
dernier mot à la mode, pendant que nous en Amérique
du Nord luttons parfois désespérément pour
garder notre langue. On a souvent limpression que la France
entière serait plus heureuse de pouvoir parler anglais et
tant pis pour la langue de Molière.
Cette
course à la mode, surtout à la télévision
et parmi les médias, est la cause de mon chagrin. Paris est,
après tout, le capital de la mode. La mode, comparée
à la culture, est quelque chose déphémère,
voire pauvre. Les changements culturels prennent beaucoup de temps,
et par conséquent, durent très longtemps. La mode
dure le temps dune saison. Je me sens frustré dans
cette ville de mode de ne pas être moi-même à
la mode. Mais je ne suis pas et je pense que je suis totalement
incapable de devenir à la mode. Je suis ce que je suis et
cest tout. Et je reste profondément francophile. Comment
ne pas aimer un pays qui a donné au monde ses traditions
démocratiques, pays qui reste un phare de tolérance
dans un monde qui devient de plus en plus intolérant. En
plus ses arts de la table. En plus la douce campagne française.
(Je viens de découvrir la magnifique côte normande,
marchant la falaise dEtretat à Fécamp. Il existe
en France encore des milliers de villages où lon se
sent à labri de la folie de surconsommation qui se
répand comme une plaie autour de la planète). En plus
lamour dune parisienne qui continue à minspirer
après un quart de siècle de vie commune. Dans la rue
à Paris voyant deux chauffeurs se disputer pour un centimètre
despace, ou dans la banque où cest lanarchie
totale devant le bureau de lagent, personne ne respectant
la queue, ou bien regardant la télévision pour voir
une speakerine sefforcer de prononcer le dernier anglicisme
à la mode, cest parfois difficile de contrôler
mon arrogance américaine face à ce que je conçois
comme larrogance française. Mais après avoir
traîner ma brouette en France depuis bientôt trente
ans, jai fini par comprendre que cest à moi de
faire comprendre au public français mon histoire, de les
sensibiliser à la situation francophone nord-américaine.
On ne peut pas imposer les préjugés dune culture
sur une autre. Tout ce quon peut essayer de faire, cest
de faire comprendre aux gens. Et en France, par rapport à
mon histoire et lhistoire de mon pays, ce nest pas quils
sen foutent, cest quils ne savent pas. Et cest
à moi de leur faire savoir.
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