Accueil | Biographie | Actualités | Discographie | Articles et Interviews | Galerie | Témoignages | Autres Singer-Songwriters | Archives
Forum | Coin des musicos | Concerts et coups de coeur | Liens | Qui sommes nous ? | FAQ | Remerciements

Témoignages


OCTOBER ROAD, Caillou par Caillou (Partie 2)



Discussion entre Serge Wolvert et Samuel Légitimus


7/ My Traveling Star
8/ Raised Up Family
9/ Carry Me On My Way
10/ Caroline I see You
11/ Baby Buffalo
12/ Have Yourself A Merry Little Christmas

 

7/ My Traveling Star

Sam : Après avoir répété que l'amour seul pouvait faire avancer le monde, James revient sur le thème du voyage. Il n'y a pas d'amour sans recherche de l'expérience, de l'aventure. Le thème du voyageur est une constante chez lui, et son père, on le sait - The " Walking Man " - n'a pas cessé d'être "l'éternel absent" du foyer.

Serge : Et James semble, sur My Traveling Star, dire au revoir à son "étoile voyageuse". Il s'est marié, il a deux jumeaux en bas âge C'est le voyageur qui a enfin trouvé un foyer.

Sam : Encore un superbe renvoi à la pochette: avec ce baladin, ce troubadour, ce bluesman, ce griot qui, bien qu'il soit sur une route avec sa guitare, n' arbore pas le costume adéquat. Avec ce costume, il nous indique qu'il a posé ses valises, qu'il a trouvé la personne qui "l'attachera au sol " , qui lui " enfoncera les pieds dans la terre "

Serge : Et il chante cette chanson avec sa fille Sally, qui - avec son frère Ben - a énormément souffert dans son enfance des absences répétées de son père. James essayé, avec la philosophie cachée dans le titre de son album de 1982 "Dad loves his Work", de leur expliquer que "Papa s'en va sur les routes, il vous abandonne, mais c'est parce qu'il doit travailler, et c'est un boulot qu'il aime"... Sur Traveling Star, il chante " Elle m'a dit m'aimer et ça sonnait vrai" (Carly, la mère de Sally ?) suivi de ".. Je savais que j'aurais dû rester, mais je savais que je désirais m'en aller". Sachant qu'aujourd'hui, Sally, elle-même, sillonne les routes avec son propre groupe, "My Traveling Star" sonne comme un passage de témoin.

Sam : Absolument. Surtout qu'elle vient tout juste de se marier. Il s'agit d'un message paternel sur la balance à faire entre sa carrière et sa vie privée. Et écoute comme leurs deux voix se mêlent parfaitement ensemble. On n'arrive plus à faire la distinction. Dans une de ses dernières interviews, James confesse qu'il est un homme très "orienté", très focalisé sur le but qu'il s'est fixé; que son envie d'accomplir pleinement ce qu'il entreprend se fait très souvent au détriment de sa vie personnelle, et qu'il a décidé désormais, de faire de plus en plus attention à l'équilibre entre les deux; Déjà il s'est préconisé comme régime professionnel trois semaines de tournée alternées avec dix ou onze jours au foyer. Il veut trouver la balance que son père, lui, n'a jamais vraiment réussi à trouver.

Serge : Tu retrouves dans cette chanson le thème de "Runaway Boy"' (Never Die Young). Le jeune fugitif qui besoin de partir, même s'il aime son foyer ... Même dans le thème musical on retrouve " Runaway Boy ". Une très belle ballade , avec de superbes arrangements de cordes de Dave Grusin...

8/ Raised Up Family

Serge : Une chanson très Rythm & Blues, très syncopée, où l'on retrouve Michael Landau en remplacement de Bob Mann. Il fait un solo de guitare fantastique. C'est une chanson que James a écrite à la suite de sa rencontre avec Mark Knopfler sur une piste de ski., et Mark l'a aidé à créer la partie lead de guitare. C'était juste après leur fameux duo sur "Sailing to Philadelphia" (morceau disponible sur l'album éponyme de Mark Knopfler et en Bonus sur l'édition Limitée d'October Road). D'ailleurs lors de la tournée américaine de Knopfler, James l'a souvent rejoint sur scène pour chanter le duo sur " Sailing.. " et proposer en avant-première " Raised up Family " avec Knopfler à la guitare.

Sam : Et normalement, si je me trompe pas, c'était Mark Knopfler qui devait produire l'album?..

Serge : Absolument !

Sam : On est toujours dans le thème du voyageur. Le besoin pour l'individu de se séparer de la matrice originelle - la famille - pour créer sa propre voie. On connaît, grâce à la formidable biographie de Timothy White la lourde hérédité de James dont n'a pas réussit se débarrasser son père Ike. C'est très américain, cette notion de déracinement. (la famille Taylor est originaire d'Ecosse). Cette envie de se recréer ailleurs. Mais on remarque pour la deuxième fois dans les paroles de Taylor - après Up Er Mei (Hourglass), où " il était aveugle sur la terre de Buddha à la recherche de solitude" - des emprunts au bouddhisme : ce tonnerre Kundalini (un concept dans le Bouddhisme tibétain de l'énergie cosmique douloureuse mais bienfaisante, qui est, en fait, la fusion de la connaissance éternelle héritée du Moi et celle héritée du divin) l'aide désormais à créer la balance vitale qui lui manquait tant auparavant.

Serge : Là encore, il y a la famille prépondérante… Et il peut rentrer chez lui, (" Way back, way back ! ") arrêter de fuir, et revenir sur les terres de sa jeunesse, le berceau familial (Raleigh, North Carolina) et célébrer le retour au foyer.

Sam : J'adore le passage "J'avais l'habitude de savoir pourquoi / mais je ne sais plus pourquoi, à présent / je pose la question au tonnerre Kundalini en dessous de mon plancher ". La spiritualité semble beaucoup lui importer. Déjà dans "Up From Your Life" (Hourglass) il parlait d'une rivière qui court sous tes pieds"…

Serge : Et ce qui est drôle c'est la différence entre les paroles et la musique. J'aurais très bien vu d'autres paroles sur cette musique-là. Ce sont des paroles qui sont très intérieures alors que le rythme est très dansant.

Sam : J'imagine que c'est un hommage aux musiques du Sud qu'il écoutait à l'époque avec ses frangins. Le Ryhtm & Blues du Sud, du studio mythique Muscle Shoals avec ses sections cuivres.

9/ Carry Me on My Way

Serge : Alors là, grosse influence de Joni Mitchell sur ce titre! Pendant l'intro, on a cherché longtemps avec Sam, d'où venait le fait qu'on avait l'impression de connaître l'intro par cœur. En fait, c'est l'intro qu'il jouait au début de "River" la chanson de Joni lors de la soirée Tribute to Joni Mitchell en Avril 2000 à l'Hammerstein Ballroom.

Sam : L'intro à la guitare synthé…

Serge : C'est la première fois qu'il utilise une guitare synthé. En fait il y a très peu d'instruments. Il fait toutes les voix. Je pense vraiment que c'est un tribute à Joni Mitchell. Il y a dans cette chanson le même son de guitare exactement qu'on retrouve dans le concert en DVD de Joni "Painting with Words and Music", (un bijou disponible en France !). C'est exactement le même univers Mitchellien si l'on peut dire.

Sam : C'est une chanson qui emprunte le territoire de Joni, sans aucun doute. Il est même possible, sans aller trop loin, de dire que c'est une chanson codée. On sait que James et Joni ont eu une relation intense assez médiatisée au début des années soixante-dix, et que cette relation a nourri deux albums capitaux (peut-être même plus) de Joni : "Blue" et "For The Roses". Mais depuis leur rupture, Taylor n'avait jamais mentionné, ou fait allusion à leur relation dans une chanson. (auparavant oui, puisque l'album "Mud Slide Slim and The Blue Horizon" était spécifiquement écrit sous l'influence de Joni Mitchell) C'est peut-être la toute première qu'il nous livre - ou lui livre - un message témoignage. Une chanson sur quelqu'un qui demande à une autre personne de "le mettre sur sa voie". Aujourd'hui, James se porte bien et, depuis la mort du père et du grand frère, se trouve être le chef de famille. Mais à l'époque leur relation, il était particulièrement troublée (drogue et dépression). Peut-être éprouve t-il le besoin de lui montrer la dette qu'il sait lui devoir.

Serge : Mais il pourrait tout aussi bien parler à Dieu dans cette chanson. Il y a " quelque chose " ou "quelqu'un " qui doit le porter. J'imagine que c'est encore un de ces morceaux qu'il dit n'avoir a eu qu'à retranscrire, car il lui est pratiquement tomber dessus.

10/ Caroline I See You

Serge : Caroline I See You ! Une superbe chanson d'amour pour sa femme Kim ("Caroline " dans le civil) Une très, très longue intro, très paisible, avec une guitare frémissante. Clifford Carter délivre quelques notes de piano cristallines, Tommy Morgan lance quelques lignes à l'harmonica… Ce morceau faisait partie du mini-cd offert au public durant le "Pull Over Tour" l'été dernier. Mais cette version est très différente… très différente, pas vraiment, en fait. Il a seulement rajouté des violons et de l'harmonica...

Sam : je vois très bien cette intro dans un western de John Ford…

Serge : Une longue intro. Une longue fin, qui reprend à peu près le même thème. Et au milieu une très, très belle ballade. Une très belle chanson d'amour, simple et limpide.

Sam : Et, en même temps, la déclaration d'amour "Caroline, I Love You " surprend autant que celle sur There We Are (dans l'album JT) lorsque James lançait à Carly : "Bien que je ne t'aie jamais dit je t'aime / je t'aime / Carly, vraiment / Je t'aime". Une déclaration d'amour après 25 ans ne lui semble appremment pas plus facile à dire. "Bien que j'aie tardé à le dire / Caroline, je t'aime". Et s'il décide de le faire c'est, en quelque sorte pour "graver" ces mots dans la "pierre", comme un serment devant le monde entier. Et devant la famille de Kim à laquelle il dit (dans le chanson) l'avoir "ravie". Et, en même temps, il y a beaucoup d'expression à double sens dans cette chanson; des images érotiques qu'on ne perçoit pas au premier abord. (je vous laiss,e bien-sûr, les découvrir !)

11/ Baby Buffalo

Sam : Cette chanson est née d'un rêve de James dans lequel, il découvrait dans une vieille hutte, le Bouddha réincarné sous la forme d'un Bébé Bison. Et ce rêve l'a vraiment marqué. Il dit s'être réveillé avec les cheveux dressés sur la tête…

Serge : Ce qui, pour James, tient déjà de l'exploit ! (rires)

Sam (rires) C'est sûr ! Il dit s'être réveillé en sursaut, avec les rares cheveux qui lui restent dressés sur la tête. Et ce rêve de réincarnation, donc de vie après la mort, et cette idée de renaissance , avec la naissance de ses deux jumeaux… Avec la présence de sa fille, aînée des enfants Taylor, qui vient chanter sur la chanson, (alors qu'on sait qu'elle fut un peu choquée d'apprendre la nouvelle paternité de son père… Sur son site (http://www. sally-taylor.com). Elle révèle actuellement combien la chanson l'a émue aux larmes. ) J'ai l'impression que ça parle de transmission, de réconciliation, de passage de témoin et d'êtres chers disparus. Et Baby Buffalo, parle beaucoup - pour moi, avec ces réminiscences d'enfance, et de temps passés près de la rivière - de la disparition d'Alex, le grand frère (peut-être même Baby Buffalo est-il un surnom possible d' Alex, sachant qu'il était le plus robuste des enfants Taylor) ainsi que de Ike, le père. Sur "Carry Me On My Way", James chante d'ailleurs "j'ai l'impression de porter les vêtements de mon père / de chanter une chanson qu'aurait pu chanter mon frère".

Serge : Oui, je pense que ça peut avoir été écrit pour Alex. Baby Buffalo est triste et évocateur comme sur "Enough To Be On Your Way" ( Hourglass) Le tout sur une ballade presque bossa. On ne peut pas s'empêcher de penser au refrain de "Only a Dream In Rio". c'est le même genre de texture. Et c'est une fois de plus terriblement délicat, c'est tranquille. C'est magnifique.

Sam : Et cette ouverture totalement inédite chez James est terriblement oppressante: est-ce le bruit d'une machine respiratoire dans un hôpital, ou le ronflement d'un homme qui dort….

Serge : Oui, c'est peut-être la première fois que James utilise des effets spéciaux !

Sam : … Et les premières paroles sont étouffées comme s'il parlait à travers un masque d'hôpital ! En fait, dans une récente interview, il a dit avoir pensé, au départ, appeler la chanson " Suite Sixteen " comme la suite d'une chambre d'hôpital, car c'est une chanson qui lui est venu en pensant à tous les moments qu'il a dut passer ces dernières années à l'hôpital au chevet d'êtres chers. Peut-être aussi, le personnage de la chanson est-il le vieil acariâtre centenaire de "Mean Old Man" qui se rend compte que "la vie a passé en un clin d'œil, depuis le temps où l'on jouait près de la rivière"…

12/ Have Yourself a Merry Little Christmas

Serge : C'est le sempiternel standard qui clotûre beaucoup d'albums de James ("Walking My Baby Back Home" sur Hourglass ou "The Water is Wide" sur New Moon Shine). Ici, nous avons affaire à un standard écrit en 1943 par Hugh Martin et Ralph Blane et qui fut l'un des morceaux phares du répertoire de Judy Garland. C'est un morceau doux-amer, assez jazzy. La version de James, en fait, réinvente ce standard. Il a tenu à l'offrir, au Noël dernier, en téléchargement gratuit aux millions d'internautes américains encore sous le choc des attentats du 11 Septembre.

Sam : C'est un morceau qui se veut apaisant, mais sans être innocent. La personne qui chante sait parfaitement qu'on ne peut pas passer un bon Noël après ce qui se passe sur la planète. Il connaît la douleur inhérente à tout être humain. Et comme sur Fourth Of July, où il avait conscience que faire ses vœux de mariage et s'engager à former un nouveau foyer exigeait de l'individu qu'il passe en revue et interroge son échelle personnel de valeur. Avec ce morceau, il ferme la boucle, en quelque sorte. Il commence par annoncer sa peur de l'Hiver sur September Grass, et maintenant, il semble avoir enfin découvert le vrai sens de cette saison qui le terrifiaient : un face à face obligatoire et salvateur avec soi-même.

Serge : La chanson clotûre - je le redis encore une foi ! - de magnifique manière ce magnifique..

Sam : … et somptueux…

Serge : … album !! Un album de la maturité…

Sam : Du retour de l'enfant prodigue au foyer… Si "Enough to Be on Your Way" sur le disque précédent (Hourglass) parlait de quelqu'un qui ne peut rejoindre son foyer, car il est trop avancé dans l'âge pour pouvoir le faire, James réalise à présent qu'une nouvelle chance lui est offerte. Il est prêt à nous prouver qu'il n'est jamais trop tard.

Serge : avec des amis et des parents qui sont là pour l'accueillir. "Have Yourself A Merry Little Christmas…" le chant de la fête familiale par excellence. La chaleur du foyer.

Sam : Et l'homme sur la pochette, qui cache sa tête, c'est Taylor, sans être lui. C'est lui, mais c'est également nous. Le voyageur a trouvé la personne avec qui il veut bien poser ses valises. Mais s'il ne l'avait pas trouvée, cela n'aurait pas été trop grave. Il aurait continué de voyager en vivant de ses rencontres jusqu'à tomber sur elle. La foi du voyageur qui accepte son chemin de vie. Cet homme est un authentique chien des routes, dans ses valises, des tas de sons de partout, du brésil, de l'Irlande, des peuples noirs, blancs, rouges (la percussion dans Baby Buffalo!) Et plus je pense à ce disque, avec son côté romantique, plus je pense que c'est avant tout un disque hommage à toutes les femmes qui ont compté dans sa vie "ces femmes aimantes dans mes jours de paresse…" comme il le chantait en 1971 dans "Places In My Past" (Mud Slide Slim); ces êtres qui l'ont aidé à poursuivre son voyage : Carole, Joni, Carly, Kathryn, sa deuxième épouse (qui, si on s'en réfère à la bio, pourrait très bien être cette nurse dans "Mean Old Man", cette infirmière qui a récupéré Taylor dans un état misérable et a dû subir toutes les crises et les sales moments de sa périodes de désintoxication) et enfin, la nouvelle femme, Kim .

Serge : La quête de la " bonne voie ", de la famille idéale, la recherche du calme et de la sérénité..

Sam : Et quelque chose de valable à transmettre à l'autre. Un disque-somme qui - sans chercher à choquer qui que ce soit - pourrait très bien être son dernier, son disque testament. Il a trop vu la mort autour de lui, depuis ces dernières années pour ne pas sentir sa propre mortalité. La grandeur de James est d'avoir été ce drogué notoire des années soixante-dix - ce " mauvais américain " - que l'Amérique a cependant continué à considérer pendant plus de trente ans comme un authentique témoin de sa génération de Baby Boomers, une génération à présent au pouvoir. James peut parler et on l'écoute. Il connaît les côtés sombres du pouvoir et a toujours refusé d'en abuser. Il chante sur "Carry Me On My Way" - peut-être la plus belle chanson de l'album - "J'ai eu tout ce qu'on peut désirer / Que pourrais-je demander de plus / Moi qui vis au Paradis" et "je fais attention à mes actes / je réfléchis aux dommages que je provoque / j'ai vu venir l'attraction / Armagedon et Waterloo". James Taylor acquiert avec l'album October Road - un disque touffu et beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît - la dimension d'un humaniste et moraliste américain dans la grande tradition d'un Walt Whitman avec son recueil de poèmes-manifeste : "Feuilles d'Herbe".

Serge : Je le dis et répète : un disque d'Utilité Publique !!


<< partie 1


Envoyez nous un e-mail