Tout le monde est
au courant de ses années passées dans les brumes
des drogues et de d'alcool. Mais James Taylor a survécu
à tout ça et s'est transformé en "Mister Nice Guy", comme l'affirme
Mike Seccombe.

Photo: Sahlan Hayes
JAMES
VERNON TAYLOR
Né le : 12 Mars 1948
Lieu: Boston, Massachusetts
Albums : 16
concours de chant remporté : 1
ex-femme célèbre : Carly Simon
Il faut considérer
comme un petit miracle en soit que James Taylor, 54 ans, soit
toujours vivant aujourd'hui, étant donné les récits
bien documentés de ses dépressions, de ses abus
d'alcool et de drogues.
Un miracle plus grand encore, est le fait qu'en dépit de
tout ça, il s'en soit sorti sans trop de dégâts.
Il aurait pu certes mourir, comme la longue liste de personnages
qui, au cours de ces années, ont peuplés ses chef-d'oeuvres
mélancoliques. Mais il aurait aussi pu devenir un Ozzy
Osbourne ou un Keith Richards: vivant, peut-être, mais avec
un cerveau grillé.
Au lieu de cela, l'homme qui me parle au téléphone
depuis son domicile à Boston, est un homme pensif, qui
s'exprime de manière précise et qui possède
un humour des plus malicieux. En outre, il est - et j'emploie
ce mot vieux jeu à dessein - adorable. Tellement adorable,
que lorsque les personnes qui ont arrangés cet entretien
dans le but de promouvoir son dernier album October Road
- ainsi que sa tournée australienne prochaine - interrompent
notre conversation pour le prévenir que les 15 minutes
allouées étaient presque épuisées,
Taylor s'en excuse.
"Je suis désolé, je n'étais pas au courant
du peu de temps qui vous avait été accordé
pour notre entretien. Peut-être pourriez-vous me laisser
votre numéro, je pourrais ainsi vous rappeler sitôt
que j'aurais réussi à me libérer, c'est à
dire dans une vingtaine de minutes environ. Si vous êtes
toujours là?... "
Après Dieu sait combien d'interviews en 30 ans de carrière
au sommet, James Taylor n'offre pas seulement de rappeler, mais il ne présume
même pas que l'interviewer pourrait n'avoir rien de plus
important à faire.
Ça n'a pas manqué: vingt minutes plus tard, l'homme
discutait au téléphone, et ce pour une quinzaine
de minutes supplémentaires, à propos d'une multitude
de choses: de sa musique, bien sûr, mais également
- et sans qu'il me faille beaucoup insister - de politique
"J'hésite
à critiquer mon gouvernement à l'extérieur du pays.
D'abord, parce que je suis un citoyen; je ne suis en aucune façon
un scientifique politique ou un expert. De plus, je pense que
parfois les gens prêtent beaucoup trop d'attention à
ce que pensent les célébrités sur la politique.
Et puis, j'ai tendance, si on me lance sur le sujet, à m'impliquer beaucoup trop."
Effectivement. Voici quelques morceaux choisis:
Sur son pays: " Les américains... Ils ne se considèrent
pas vraiment comme faisant partie de la communauté mondiale,
en dépit du fait que notre politique et notre comportement
ont probablement plus d'effet sur la planète que n'importe
quel autre pays. J'ai l'impression que nous sommes présentement
dans une période très défensive et réactionnaire,
à la suite du 11 Septembre"
Sur la politique américaine: il ne peut pas souffrir
Président George W. Bush, et a offert beaucoup de son temps
et de son énergie pour récolter des fonds pour la
campagne de Gore. " On peut pas dire que ça lui ait
été d'une grande aide."
Sur la politique étrangère américaine: "Vous
ne pouvez pas réparer une montre avec un marteau. Cela
ne nous ménera sûrement pas au bon endroit, de répondre
avec une diplomatie de canonnières à la responsabilité
de notre rôle dans le monde. Il se peut que ce soit tout
ce dont l'administration (de Bush) soit capable. Il nous nous
faudra, éventuellement, aller parler au peuple. Et l'écouter!"
Sur les Nations Unies: "Je pense... à cause de
la surpopulation, des ressources naturelles limitées et
de la communication instantanée telle que celle que nous
entretenons ici même - qu' il nous faudrait éventuellement
une sorte de gouvernement de participation planétaire.
L'idée s'imposera de plus en plus. Et il faut que celui-ci
évolue dans la sphère des Nations Unies, ou de quelque
chose exactement de la même nature"
Etant donné
ses opinions plutôt tranchées, pourquoi n'a t-il
écrit qu'une paire de chansons politiques?
" Je ne sais pas choisir un sujet ou écrire sur un
sujet de mon choix en travaillant dessus de manière abstraite
et cérébrale. Les chansons me traversent... leur origine et leur raison d'être est
toujours un mystère pour moi. "
"Il m'arrive parfois de me sentir gêné au sujet
d'une de mes chanson " rajoute-il, " ou de me sentir
un peu mal à l'aise vis à vis de leur côté
si autoréférentiel."
Mais ce n'est pas comme si ses chansons étaient une sorte
d'album de sa vie.
"Elles commencent en étant personnelles et peut-être,
avec une ou deux "instantanées" de ma vie ; et puis, à
cause de la combinaisons des rimes, de la cadence et de la musique,
ou simplement du processus hasardeux que constitue l'écriture au fil
de la plume, elles finissent par être très différentes.
Je n'ai pas beaucoup de contrôle sur elles "
Taylor cite en exemple une chanson de Hourglass (1997),
l'album qui a précédé October Road. La chanson
en question est " It's Enough to be on Your Way "initiée par le décès de son frère Alex.
"Avant même que je réalise, la chanson parlait
d'une femme que j'ai connu à Santa Fe et qui s'appelait
Alice, une sorte de vieille hippie de 45 ans qui a, en fait, trop
longtemps vécu hors de son élément, qui a
vécu une vie de bohémienne, de vagabonde pendant
trop longtemps. Les deux sujets ont fusionné."
"En fait, J'écris quelque chose qui me fait de l'effet
à moi, et cela finit, dans le meilleur des cas, à
résonner pareillement chez d'autre personnes."
Manifestement, ça
marche. Une quarantaine de disques d'or, de platine et de multi-platine
atteste du fait, ainsi que de nombreuses victoires aux Grammy
Awards, son introduction au Rock and Roll Hall of Fame et au
Songwriters Hall of Fame: le gratin du Rock, du Jazz et due la musique classique a fait la queue pour jouer avec lui. Il y a un peu plus
de vingt ans, lorsque Paul McCartney le signe en tant que premier
artiste - autre que les Beatles - sur le label Apple . ( le fameux "Holy host of others standing around me" dans sa
chansons Carolina on My Mind, ce sont eux.) A 22 ans, sa " gueule "
qui est sur la couverture de Time magazine, le distingue en tant
qu'epitome d'un nouveau genre de musiciens à base acoustique (les
"Singer-Songwriters").
Toutefois, le style
de Taylor, évoque en fait une tradition musicale américaine
bien plus ancienne, et qui remonte à Stephen Foster.
La plupart de ses collègues de la même génération
et du même genre que lui sont tombés sur le bas côté,
ou partis dans d'autres directions, Taylor est le seul à
n'avoir pas bougé d'un iota. Musicalement s'entend. Sa
voix de ténor léger distinctive et aux nuances country,
est exactement la même que dans les années 70. Son
jeu de guitare exquisément simple, est devenu encore plus
précis. Ses paroles regorgent toujours de rimes internes
soignées et d'une imagerie élémentaire.
Sur le plan personnel, néanmoins, les choses sont différentes.
Taylor est aujourd'hui un homme optimiste et plutôt satisfait
de sa vie, ce qui pourrait surprendre un public moins familier
avec l'homme d'aujourd'hui et de ses dernières uvres.
Depuis l'époque où il atteignit la gloire avec "
Fire and Rain " - sans doute un des tubes les plus sombres
qu'il ait jamais écrit, avec ses couplets sur la mort,
la dépression et l'internement en hôpital psychiatrique
- il était notoire que l'homme avait de sérieux problèmes.
Les profils de cette époque racontaient toujours la même
histoire:
James Taylor descend d'une vieille famille fortunée du Sud qui produisit
un grand nombre de docteurs et d'alcooliques. Il grandit dans
la belle localité universitaire de Chapel Hill, en Caroline
du Nord - dans laquelle son père était le doyen de
l'école médicale -ainsi que sur l'enclave de l'élite:
l'île de Martha Vineyard. James n'arrive pas à se faire
à la vie d'interne dans une pension privée et à
la pression familiale qui l'oblige à la réussite.
Il devient suicidaire. Il fait des va-et-vient dans un hôpital
psychiatrique. Il cherche secours dans la drogue, l'héroïne
en particulier. Il devient célèbre, riche et accroc
à la drogue. Il le restera pendant 17 ou 18 ans, qui seront
suivies par plusieurs années de tentative de guérison.
Son talent semblait, au début, totalement immunisé
contre la drogue. Entre 1968 et 1976, il pond sept albums stupéfiants,
couronnés par un album de Greatest Hits qui se vendra à
plus de 11 millions de copies. Mais, fin 70 et début 80,
un déclin certain se fait sentir dans sa production, celui-ci
ne commençant à se relever qu'au milieu de la décade.
Si il y a une chanson qui symbolise ce changement, c'est le morceau-titre
de son album de 1985 That's Why I'm Here. Dans celle-ci,
le chanteur se rappelle la mort tragique de son pote de virée
John Belushi des suites d'un "speed-ball" - cocktail d'héroïne et
de cocaïne, mélange
très prisé à une époque, par Taylor
lui-même) Il se remémore tout ce temps perdu à être dans les vapes, et le lien authentique qui le rattache
à ces gens qui: "paient du bon argent pour entendre
Fire and Rain encore, et encore, et encore". Ensuite, c'est
l'épiphanie: " Certains sont comme l'été,
ils revenant chaque année. T'as ton bébé , ta
couverture et ton seau de bière. Je me fends d'un sourire
qui va d'une oreille à l'autre et soudain tout devient
clair. C'est la raison pour laquelle je suis sur Terre."
" Il me semble avoir une relation étroite avec une
large audience" déclare Taylor, qui réussit
à paraître pensif et un peu surpris par un tel engouement.
"Je veux dire, qu'il m'arrive bien de rencontrer des gens complètement
" à la masse " qui pensent que je contrôle
leurs pensées, vous voyez; ou que je perturbe leur système
endocrinien ou quelque chose de ce genre. Mais dans l'ensemble,
je m'entends plutôt bien avec mon public. Un sentiment profond
m'habite: ces gens me ressemblent. Ils sont exactement comme moi."
Quoiqu'il en soit,
il semblerait que, depuis son album de 1985, Taylor et sa muse
n'aient pas cessé de se bonifier. L'album suivant, sorti
en 1988, fut ostensiblement intitulé Never Die Young
(Evite de mourir jeune). New Moon Shine (Nouvel éclat
de lune), en 1991, était lui aussi un excellent album, et, en
1997, à l'époque de Hourglass ( Sablier),
il était capable d'annoncer au monde: "J'ai fais
mes adieux à la cocaïne, dit au revoir à la
méthadone, réprimé mon envie de boire pour
un jour de plus, me suis éloigné de mon envie de
tabac". Ce disque lui offrit le Grammy (du meilleur album
pop) et il fut jugé parle magazine The New York Times comme
étant " Son meilleur album... depuis vingt ans et
vraisemblablement, le meilleur de toute sa carrière".
Il fallu cinq ans à James Taylor pour produire son dernier
album October Road. Mais celui-ci est encore meilleur. Le disque est entré à la quatrième place dans les charts américains
- la plus haute place atteint par un de ses disques en 25
ans - et se vendit à 500,000 exemplaires dans la semaine
de sa sortie. Et il n'y a pas une seule " mauvaise "
chanson dessus.
" Il est sûr, dit-il, que cela fait partie de ma nature de
pleurnicher sur certaines choses, en particulier les années
perdues à résister à la guérison ".
Mais au bout de 30 ans, avec un album à succès,
une nouvelle femme, deux jumeaux en bas âge, sain et en
bonne santé, c'est un homme reconnaissant.
"Je crois" lance t-il de sa manière pensive
et quelque peu sudiste, "oui, je crois que pour quelqu'un
dans ma position, qui a été aussi chanceux que je
l'ai été dans la vie, la gratitude et le seul point
de vue possible. C'est la seul attitude appropriée."
James Taylor joue au State Theatre le 4 et 6 Février 2003.