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HOW SWEET HE IS

traduction : Quel homme adorable !!

Sydney Morning Herald (Australie) - Mike Seccombe 25/01/2003

Traduction Samuel Légitimus

 

Tout le monde est au courant de ses années passées dans les brumes des drogues et de d'alcool. Mais James Taylor a survécu à tout ça et s'est transformé en "Mister Nice Guy", comme l'affirme Mike Seccombe.

Photo: Sahlan Hayes

JAMES VERNON TAYLOR

Né le : 12 Mars 1948
Lieu: Boston, Massachusetts
Albums : 16
concours de chant remporté : 1
ex-femme célèbre : Carly Simon

Il faut considérer comme un petit miracle en soit que James Taylor, 54 ans, soit toujours vivant aujourd'hui, étant donné les récits bien documentés de ses dépressions, de ses abus d'alcool et de drogues.
Un miracle plus grand encore, est le fait qu'en dépit de tout ça, il s'en soit sorti sans trop de dégâts. Il aurait pu certes mourir, comme la longue liste de personnages qui, au cours de ces années, ont peuplés ses chef-d'oeuvres mélancoliques. Mais il aurait aussi pu devenir un Ozzy Osbourne ou un Keith Richards: vivant, peut-être, mais avec un cerveau grillé.
Au lieu de cela, l'homme qui me parle au téléphone depuis son domicile à Boston, est un homme pensif, qui s'exprime de manière précise et qui possède un humour des plus malicieux. En outre, il est - et j'emploie ce mot vieux jeu à dessein - adorable. Tellement adorable, que lorsque les personnes qui ont arrangés cet entretien dans le but de promouvoir son dernier album October Road - ainsi que sa tournée australienne prochaine - interrompent notre conversation pour le prévenir que les 15 minutes allouées étaient presque épuisées, Taylor s'en excuse.

"Je suis désolé, je n'étais pas au courant du peu de temps qui vous avait été accordé pour notre entretien. Peut-être pourriez-vous me laisser votre numéro, je pourrais ainsi vous rappeler sitôt que j'aurais réussi à me libérer, c'est à dire dans une vingtaine de minutes environ. Si vous êtes toujours là?... "


Après Dieu sait combien d'interviews en 30 ans de carrière au sommet, James Taylor n'offre pas seulement de rappeler, mais il ne présume même pas que l'interviewer pourrait n'avoir rien de plus important à faire.

Ça n'a pas manqué: vingt minutes plus tard, l'homme discutait au téléphone, et ce pour une quinzaine de minutes supplémentaires, à propos d'une multitude de choses: de sa musique, bien sûr, mais également - et sans qu'il me faille beaucoup insister - de politique…

"J'hésite à critiquer mon gouvernement à l'extérieur du pays. D'abord, parce que je suis un citoyen; je ne suis en aucune façon un scientifique politique ou un expert. De plus, je pense que parfois les gens prêtent beaucoup trop d'attention à ce que pensent les célébrités sur la politique. Et puis, j'ai tendance, si on me lance sur le sujet, à m'impliquer beaucoup trop."


Effectivement. Voici quelques morceaux choisis:


Sur son pays: " Les américains... Ils ne se considèrent pas vraiment comme faisant partie de la communauté mondiale, en dépit du fait que notre politique et notre comportement ont probablement plus d'effet sur la planète que n'importe quel autre pays. J'ai l'impression que nous sommes présentement dans une période très défensive et réactionnaire, à la suite du 11 Septembre"

Sur la politique américaine: il ne peut pas souffrir Président George W. Bush, et a offert beaucoup de son temps et de son énergie pour récolter des fonds pour la campagne de Gore. " On peut pas dire que ça lui ait été d'une grande aide."

Sur la politique étrangère américaine: "Vous ne pouvez pas réparer une montre avec un marteau. Cela ne nous ménera sûrement pas au bon endroit, de répondre avec une diplomatie de canonnières à la responsabilité de notre rôle dans le monde. Il se peut que ce soit tout ce dont l'administration (de Bush) soit capable. Il nous nous faudra, éventuellement, aller parler au peuple. Et l'écouter!"

Sur les Nations Unies: "Je pense... à cause de la surpopulation, des ressources naturelles limitées et de la communication instantanée telle que celle que nous entretenons ici même - qu' il nous faudrait éventuellement une sorte de gouvernement de participation planétaire. L'idée s'imposera de plus en plus. Et il faut que celui-ci évolue dans la sphère des Nations Unies, ou de quelque chose exactement de la même nature"

Etant donné ses opinions plutôt tranchées, pourquoi n'a t-il écrit qu'une paire de chansons politiques?

" Je ne sais pas choisir un sujet ou écrire sur un sujet de mon choix en travaillant dessus de manière abstraite et cérébrale. Les chansons me traversent... leur origine et leur raison d'être est toujours un mystère pour moi. "

"Il m'arrive parfois de me sentir gêné au sujet d'une de mes chanson " rajoute-il, " ou de me sentir un peu mal à l'aise vis à vis de leur côté si autoréférentiel."

Mais ce n'est pas comme si ses chansons étaient une sorte d'album de sa vie.

"Elles commencent en étant personnelles et peut-être, avec une ou deux "instantanées" de ma vie ; et puis, à cause de la combinaisons des rimes, de la cadence et de la musique, ou simplement du processus hasardeux que constitue l'écriture au fil de la plume, elles finissent par être très différentes. Je n'ai pas beaucoup de contrôle sur elles "

Taylor cite en exemple une chanson de Hourglass (1997), l'album qui a précédé October Road. La chanson en question est " It's Enough to be on Your Way "initiée par le décès de son frère Alex.

"Avant même que je réalise, la chanson parlait d'une femme que j'ai connu à Santa Fe et qui s'appelait Alice, une sorte de vieille hippie de 45 ans qui a, en fait, trop longtemps vécu hors de son élément, qui a vécu une vie de bohémienne, de vagabonde pendant trop longtemps. Les deux sujets ont fusionné."

"En fait, J'écris quelque chose qui me fait de l'effet à moi, et cela finit, dans le meilleur des cas, à résonner pareillement chez d'autre personnes."

Manifestement, ça marche. Une quarantaine de disques d'or, de platine et de multi-platine atteste du fait, ainsi que de nombreuses victoires aux Grammy Awards, son introduction au Rock and Roll Hall of Fame et au Songwriters Hall of Fame: le gratin du Rock, du Jazz et due la musique classique a fait la queue pour jouer avec lui. Il y a un peu plus de vingt ans, lorsque Paul McCartney le signe en tant que premier artiste - autre que les Beatles - sur le label Apple . ( le fameux "Holy host of others standing around me" dans sa chansons Carolina on My Mind, ce sont eux.) A 22 ans, sa " gueule " qui est sur la couverture de Time magazine, le distingue en tant qu'epitome d'un nouveau genre de musiciens à base acoustique (les "Singer-Songwriters").

Toutefois, le style de Taylor, évoque en fait une tradition musicale américaine bien plus ancienne, et qui remonte à Stephen Foster.
La plupart de ses collègues de la même génération et du même genre que lui sont tombés sur le bas côté, ou partis dans d'autres directions, Taylor est le seul à n'avoir pas bougé d'un iota. Musicalement s'entend. Sa voix de ténor léger distinctive et aux nuances country, est exactement la même que dans les années 70. Son jeu de guitare exquisément simple, est devenu encore plus précis. Ses paroles regorgent toujours de rimes internes soignées et d'une imagerie élémentaire.
Sur le plan personnel, néanmoins, les choses sont différentes. Taylor est aujourd'hui un homme optimiste et plutôt satisfait de sa vie, ce qui pourrait surprendre un public moins familier avec l'homme d'aujourd'hui et de ses dernières œuvres.


Depuis l'époque où il atteignit la gloire avec " Fire and Rain " - sans doute un des tubes les plus sombres qu'il ait jamais écrit, avec ses couplets sur la mort, la dépression et l'internement en hôpital psychiatrique - il était notoire que l'homme avait de sérieux problèmes. Les profils de cette époque racontaient toujours la même histoire:

James Taylor descend d'une vieille famille fortunée du Sud qui produisit un grand nombre de docteurs et d'alcooliques. Il grandit dans la belle localité universitaire de Chapel Hill, en Caroline du Nord - dans laquelle son père était le doyen de l'école médicale -ainsi que sur l'enclave de l'élite: l'île de Martha Vineyard. James n'arrive pas à se faire à la vie d'interne dans une pension privée et à la pression familiale qui l'oblige à la réussite. Il devient suicidaire. Il fait des va-et-vient dans un hôpital psychiatrique. Il cherche secours dans la drogue, l'héroïne en particulier. Il devient célèbre, riche et accroc à la drogue. Il le restera pendant 17 ou 18 ans, qui seront suivies par plusieurs années de tentative de guérison. Son talent semblait, au début, totalement immunisé contre la drogue. Entre 1968 et 1976, il pond sept albums stupéfiants, couronnés par un album de Greatest Hits qui se vendra à plus de 11 millions de copies. Mais, fin 70 et début 80, un déclin certain se fait sentir dans sa production, celui-ci ne commençant à se relever qu'au milieu de la décade.

Si il y a une chanson qui symbolise ce changement, c'est le morceau-titre de son album de 1985 That's Why I'm Here. Dans celle-ci, le chanteur se rappelle la mort tragique de son pote de virée John Belushi des suites d'un "speed-ball" - cocktail d'héroïne et de cocaïne, mélange très prisé à une époque, par Taylor lui-même) Il se remémore tout ce temps perdu à être dans les vapes, et le lien authentique qui le rattache à ces gens qui: "paient du bon argent pour entendre Fire and Rain encore, et encore, et encore". Ensuite, c'est l'épiphanie: " Certains sont comme l'été, ils revenant chaque année. T'as ton bébé , ta couverture et ton seau de bière. Je me fends d'un sourire qui va d'une oreille à l'autre et soudain tout devient clair. C'est la raison pour laquelle je suis sur Terre."

" Il me semble avoir une relation étroite avec une large audience" déclare Taylor, qui réussit à paraître pensif et un peu surpris par un tel engouement.

"Je veux dire, qu'il m'arrive bien de rencontrer des gens complètement " à la masse " qui pensent que je contrôle leurs pensées, vous voyez; ou que je perturbe leur système endocrinien ou quelque chose de ce genre. Mais dans l'ensemble, je m'entends plutôt bien avec mon public. Un sentiment profond m'habite: ces gens me ressemblent. Ils sont exactement comme moi."

Quoiqu'il en soit, il semblerait que, depuis son album de 1985, Taylor et sa muse n'aient pas cessé de se bonifier. L'album suivant, sorti en 1988, fut ostensiblement intitulé Never Die Young (Evite de mourir jeune). New Moon Shine (Nouvel éclat de lune), en 1991, était lui aussi un excellent album, et, en 1997, à l'époque de Hourglass ( Sablier), il était capable d'annoncer au monde: "J'ai fais mes adieux à la cocaïne, dit au revoir à la méthadone, réprimé mon envie de boire pour un jour de plus, me suis éloigné de mon envie de tabac". Ce disque lui offrit le Grammy (du meilleur album pop) et il fut jugé parle magazine The New York Times comme étant " Son meilleur album... depuis vingt ans et vraisemblablement, le meilleur de toute sa carrière".

Il fallu cinq ans à James Taylor pour produire son dernier album October Road. Mais celui-ci est encore meilleur. Le disque est entré à la quatrième place dans les charts américains - la plus haute place atteint par un de ses disques en 25 ans - et se vendit à 500,000 exemplaires dans la semaine de sa sortie. Et il n'y a pas une seule " mauvaise " chanson dessus.

" Il est sûr, dit-il, que cela fait partie de ma nature de pleurnicher sur certaines choses, en particulier les années perdues à résister à la guérison ". Mais au bout de 30 ans, avec un album à succès, une nouvelle femme, deux jumeaux en bas âge, sain et en bonne santé, c'est un homme reconnaissant.

"Je crois" lance t-il de sa manière pensive et quelque peu sudiste, "oui, je crois que pour quelqu'un dans ma position, qui a été aussi chanceux que je l'ai été dans la vie, la gratitude et le seul point de vue possible. C'est la seul attitude appropriée."

James Taylor joue au State Theatre le 4 et 6 Février 2003.

 


 

 
 

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