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SOURIRE D'OCTOBRE

 

" J'ai entendu dire que mon nouvel album était n°1sur l'Internet," dit James Taylor, dans un ton qui suggère qu'il n’est pas sûr que ce soit une bonne chose. Peu de doute, en revanche, que le musicien de cinquante-quatre ans ne savoure pas un doux come-back : October Road, son premier nouvel album depuis 1997, a débuté à la 4ème place dans charts d’albums du Billboard, le mettant en compagnie d'Eminem, de Nelly, d’Avril Lavigne et de Bruce Springsteen. Mais Taylor ne peut nommer qu’un seul artiste qu'il apprécie actuellement dans les charts: Norah Jones, dont la musique lui semble "intrigante" et "dynamique".

La plupart du temps, il écoute toujours les Brésiliens, le Blues, le Classique et la musique Folk qu’il a toujours aimé.
"J'ai été "cuit" à une époque où les techniques de production sensationnelles n'étaient pas aussi répandues," dit-il. " A l’époque, on s’intéressait davantage aux détails et il ne s'agissait pas d'obtenir un hit par dessus sa tête." (jeu de mot anglais : « hit over the head » littéralement : se faire taper sur la tête)

Quelle est votre tout premier souvenir musical?

Je me souviens quand j'avais six ou sept ans, je suis parti en colonie de vacances. Ils nous ont mis dans un autobus pour nous emmener quelque part et le conducteur écoutait « Searching » des Coasters à la radio. Je n'avais jamais rien entendu de tel auparavant. On aurait dit des gens qui jouaient sur des pots et des casseroles ou jetaient des ustensiles de cuisine au bas d'un l’escalier. Ça m’a mis la tête en feu.

Quel album avez-vous écouté au point d’arrêter de le jouer ?

A dix-huit ans, lorsque j’ai été livré à moi-même pour la première fois, à New York, j'avais une petite collection de disques et j'ai écouté ces quatre ou cinq disques jusqu'à l'usure.
L’un était Revolver des Beatles.
Un autre était Fantasia, sur Greensleeve... Sketch of Spain de Miles Davis ... l'album avec "Girl from Ipanema" dessus, avec Antonio Carlos Jobim et Astrud Gilberto; je l'ai écouté jusqu’à la folie.

Je me rappelle bien l'été 67 lorsque j'écoutais ces albums. Et je me rappelle également bien de cet appartement au croisement de la 84ème et Columbus - à cette époque j'avais l'habitude de me mettre au lit et d’écouter le verre qu'on brisait. C'était un environnement brutal.

Quelle chanson associez-vous à la première fois où vous êtes tombés amoureux ?

C'est un peu embarrassant, mais certainement un morceau de Johnny Mathis.

Quel âge aviez-vous?

[Rires] Quarante-cinq ans.

Quelle est le meilleur concert auquel vous avez assisté ?

En 1965, mon ami Kooch m'a emmené à Harlem à l’Apollo Théâter et nous avons assisté à une Matinée avec cette incroyable affiche de chanteurs:
Lee Dorsey a chanté "Workin in a Coal Mine," et Charlie et Inez Foxx ont chanté "Mockingbird". Joe Tex a chanté "Skinny Legs and All." Gladys Knight and the Pips et James Brown étaient également à l’affiche.
Pendant la pause, il y a eu un film de cow-boys et d’indiens de vingt-cinq minutes et lorsque la cavalerie s’est faite massacrée, l’assistance entière a applaudie. C'était un de ces moments où "vous n'êtes plus désormais dans le Kansas".

Avez-vous vu récemment quelque chose d’aussi palpitant ?

J'étais au Brésil en 1985, à la veille des premières élections en vingt ans. Je jouais au festival Rock in Rio, le plus grand public devant lequel j’ai jamais joué: 300,000 personnes.

C'était aussi un moment où j’effectuais réellement dans ma vie un virage à 360 degrés. J'avais touché le fond avant cela et le concert a vraiment représenté pour moi un bond énorme.

Caetano Veloso m'a emmené à cette célébration d'élections au cœur du Rio de Janeiro, dans un club appelé le Cirque Wador.
Il y eut des performances de Caetano et de Gilberto Gil et des joueurs étonnants, certains d’entre eux avaient connu la prison et l'exil.
Quelques personnes dans le public ont demandé à entendre « You’ve got a Friend » et ils m’ont placé devant un micro. Et il se trouva que quelques autres membres du public se souvinrent que les Américains avaient aidé la junte pendant des années. Alors quelqu'un a balancé un canette de bière qui est venu m'atteindre au front; ça a été une nuit pleine d'extase et d'adrénaline.

Quel album regrettez-vous de n’avoir pas fait ?

"Unforgettable" par Natalie Cole, était assez étonnant. Le Graceland de Paul Simon l'était de même.

J'ai entendu l'autre jour un morceau par Alison Krauss appelée "The Lucky One." Il touchera vraiment les gens. Je regrette de n’avoir pas fait cet enregistrement.
Et « Field of Gold » de Sting.

C'est un domaine compétitif et parfois vous préféreriez entendre quelque chose échouer – du genre : « Quel soulagement, c’est nul. » Mais parfois vous allez au delà de ça et il vous faut bien avouer : "là, chapeaux bas! » - comme lorsque vous entendez le "Nick of Time" de Bonnie Raitt et vous vous dites: « Putain, c’est trop bon."

JENNY ELISCU
( LE 13 SEPTEMBRE 2002)

 


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