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Un transfuge de l'Université tue un poète à coup de matraque - (1970, Jazz and Pop)

Récemment, nous nous sommes aventurés à Bryn Mawr, Pa, pour interviewer James Taylor au Main Point où il devait jouer devant un foule massive. L'interview s'est tenue entre le premier et le second set, c'est la raison pour laquelle celle-ci est brève (mais piquante !) Bien qu'ils se soit excusé d'être " un peu éteint, ce soir " il lutta bravement pour être " Polonius " face à ses inquisiteurs, eux qui insistaient tant pour qu'il soit Hamlet, et non pas simplement le Lord intendant. Les Yeux bleus de 300 watt qui " ont vu le feu et le pluie ", en ont vu beaucoup plus, mais préfèrent se servir des chansons pour le révéler.


Voudriez-vous bien, pour commencer, nous donner tout d'abord quelques éléments biographiques ?

Je suis né à Boston ; ma famille a déménagé pour la Caroline du Nord, et actuellement je vis sur l'île de Martha's Vineyard, dans le Massachusetts. Je sors d'un accident de moto qui s'est produit l'été dernier et où je me suis cassé les deux mains.

Alors, Carolina on my Mind n'était pas qu'un rêve? Puisque vous y avez réellement vécu ?

Eh bien, je ne voudrais pas trop me lancer dans les explications, car c'est une erreur d'essayer d'expliquer les chansons. Mais cette chanson est une allégorie. elle décrit simplement un sentiment. C'est simplement une chanson, je crois, sur le mal du pays, ou sur le désir de rentrer chez soi.

Il y a une question que je voulais vous poser : pourquoi toutes vos chansons parlent de soleil et de retour chez soi? Il me semble que plus j'écoute les albums, plus je perçois l'un ou l'autre de ces deux thèmes. Soit le Soleil, soit le retour chez soi.

Eh bien, ça n'est pas nécessairement vrai. Ils ne sont pas toutes comme ça. Il y a des chansons d'amour à l'intérieur, il y en d'autres, avec différents genre de choses.

Vous savez, vous avez été , comme qui dirait " académisé "… J'ai cru comprendre que beaucoup de classes de poésies contemporaines utilisent aujourd'hui votre répertoire. Que pensez-vous du fait que vos paroles soient distribués aux 40 membres d'une classe de poésie ?

J'en sais rien, à vrai dire. Vous savez, je me contente d'écrire les chansons. Je n'ai pas à les analyser. Je me vois plutôt comme un romantique. Quoique cela puisse signifier.

Dans le sens traditionnel ?

Ouais. Je ne suis pas très calé en la matière. Mais, y a pas besoin de l'être .

Pouvez-vous malgré tout parler concrètement de vos chansons ? Les disséquer ?

Non, je n'aime pas parler de mes chansons. Je pense que c'est une erreur, pour moi, d'en parler. Ça va à l'encontre du but recherché. C'est l'antithèse de ce qu'un auteur-compositeur recherche à faire. Il écrit une chanson afin de ne pas avoir à en parler.

Pensez-vous que nous soyons des criminels de les disséquer ?

Oh, non, non.

Alors, ça ne vous fait rien que d'autres personnes le fassent, vous préférez juste ne pas le faire vous-mêmes.

Vous voyez, soit une chanson affecte quelqu'un soit elle ne l'affecte pas. Il n'y a pas d'alternative, vous savez. L'auditeur ne choisit pas s'il aime ou s'il n'aime pas telle ou telle chanson. Il ne peut faire d'exception pour aucune chanson, ou du moins aucune des miennes. Soit elle le touche, soit elle ne le touche pas. Je veux dire, ça elle le branche soir elle le branche pas. C'est ce que j'aime là-dedans. Tu sors dehors et tu dis quelque chose de direct, de catégorique et de définitif, ensuite quelqu'un peut le prendre comme une insulte, et dire oui ou non. Mais si quelqu'un écoute une chanson et qu'elle arrive vraiment à l'atteindre, c'est plus direct encore.

Pouvez-vous séparer les deux, lorsque vous dites " l'atteindre " ? Cela semble impliquer que l'art doit nécessairement avoir un genre de connection émotionnelle… ce que font vos chansons, bien entendu. Est-ce le but recherché ?

Je n'ai aucun objectif réel. C'est difficile à dire. Je pense que tout art véritable est un art cinétique, mais je ne pense pas qu'il doivent nécessairement transporter extérieurement.
Je pense que mes chansons transportent les gens, ou j'aimerais penser que mes chansons transportent les gens, mais intérieurement, un retour vers eux-mêmes, de manière introspective. Plutôt que les transporter de manière active extérieurement. Je n'ai, au fond, aucun objectif dont je pourrais discuter, comme ça après coup. J'écris les chansons parce que c'est la seule chose que je sais faire, j'écris les chansons parce je le dois. J'écrirais des chansons même si je n'étais pas auteur-compositeur. Je sais que ça peut sembler paradoxal, mais c'est la vérité.

 

Ecrire les chansons parce vous le devez : si vous en avez une en vous, alors il vous faut l'extérioriser ?

Eh bien , pas nécessairement. Mon opinion personnel là-dessus, c'est que je n'ai pas vraiment le choix en la matière. Je ne sais pas si c'est une nécessité ou non. Il faut que je gagne ma vie. Et, à côté de ça, je suis un américain et un produit de l'environnement du 20ème siècle, et vous, comprenez, il faut bien que je fasse quelque chose. Cela ne signifie peut-être pas grand chose, mais c'est ce que je fais.

Où réside alors l'idée de talent ?

Que je sois ou non - que quiconque soit ou non - doté de talent cela dépend des autres. Que mes chansons soit bonnes ou non, ou ma façon de chanter, c'est à l'autre de juger. Je ne porte aucun jugement pour ma part. je pense qu'elle sont bonnes Mais je dirais qu'elles sont bonnes même si les gens les trouvaient exécrables.

Ce que je remarque dans votre album et ce que j'ai remarqué lors de votre premier set, est que vous semblez être un homme qui a la foi. Vos chansons sont remplis de foi ou du moins tendent à indiquer la nécessité d'avoir une sorte de foi. Je pense que le talent, par rapport à ça, devient quelque chose de secondaire, quelque chose qui colle avec ce contexte de foi. Il y a comme une espèce de relation personnelle entre vous et votre public. Lorsque je regardais vos yeux et que j'observais comment vous communiquiez avec ces gens, je ne pouvais pas me sortir le mot " foi " de la tête.

Ouais… J'en suis conscient, vous savez. Mais ça me va… J'aime lorsque ça se produit.

Vous semblez presque déprécier ce que vous avez fait.

C'est tout ce que je sais faire. Il est difficile pour moi d'expliquer, mais, vous savez, je ne suis pas un bavard. Je ne voudrais pas… ne vous méprenez pas… je ne voudrais faire de fausse modestie, mais…

Je n'ai pas du tout cette impression.

C'est tout ce que j'ai a offrir. C'est ça mon boulot. Et parler de mes chansons, parler de moi-même, l'analyse ou l'élaboration, ou que sais-je encore, ce n'est pas quelque chose que je fais, parce qu'en elle-même, mes chansons suffisent. C'est tout ce que j'ai besoin de faire. L'unique chose, quasiment, que je puisse offrir aux autres ce sont mes chansons. Le reste m'appartient, c'est juste ma vie privée, ma vie terre à terre privée. Il n'y a rien en moi de spécial. A vivre au jour le jour, à faire juste ce que j'ai à faire.

Mais alors, d'où viennent les chansons ?

Je l'ignore. Elles viennent de partout et elles me traversent. Les chansons que j'écris, en tout cas. Elles viennent de partout et elles me traversent. Jusqu'à ce qu'elles arrêtent de me traverser. Elles traversent aussi beaucoup d'autres personnes.

Qui vous a influencé en tant auteur-compositeur ?

C'est difficile à dire. J'ignore qui m'a influencé en tant qu'auteur-compositeur. D'aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais essayé d'étudier ni d'imiter personne de manière consciente.

Et à propos de littérature ? Cela peut paraître une question idiote, mais vous considérez-vous d'abord comme un parolier ou comme un musicien, qu'est-ce qui arrive en premier ? Vos chansons ou votre musique ?

J'en sais rien. Je suppose que c'est la même chose. L'un grandit de l'autre et , je crois, que les deux viennent ensemble. J'ai des difficultés à écrire les paroles, à moins que j'écrive la musique dans le même temps. J'aimerai pouvoir écrire. J'ai essayé. J'ai entretenu l'idée d'écrire un livre ou quelque chose comme ça, des nouvelles, vous voyez. Mais je ne me sens pas trop doué pour ça.

Pourquoi pas ?

Je ne sais pas. C'est juste un truc que je ne sais pas encore faire.

Pouvez-vous écrire une chanson à la fois lorsque vous êtes triste et lorsque vous êtes heureux ?

Des chansons différentes sortent d'humeur différentes. J'écris beaucoup lorsque je fais quelque chose d'autre mais qui n'occupe pas entièrement mon esprit. J'écris des chansons lorsque je suis au volant d'une voiture, lorsque je coupe du bois, ou quelque chose comme ça.
Je n'arrive pas à m'asseoir à une table et écrire une chanson comme arrive à le faire le bon professionnel. J'aimerai pouvoir y arriver. Je n'arrive pas à m'asseoir et à me dire, bon, je vais m'asseoir et consacrer les deux heures à venir à écrire une chanson. Oh, je l'ai déjà fait avant, mais habituellement cela ne se passe pas comme ça. Les chansons arrivent simplement à moi, me traversent, ou quelque chose dans le genre.

Dites, vous blaguiez lorsque, sur scène, vous demandiez au public d'acheter votre disque pour vous rendre riche…

Eh bien , c'était une blague. C'est dit pour faire rire. Mais je veux aussi que les gens écoutent mon disque. Vous savez, je mentirai si je disais que je ne veux pas que les gens achètent mes disques.

Pensez-vous avoir quelque chose à dire aux gens, quelque chose qu'il est important qu'ils entendent ?

Je pense dire aux gens des choses… je ne sais pas, ça dépend de la personne. S'ils trouvent cela important, alors ça l'est. S'ils trouvent cela divertissant ou agréable, ou si ça les fait se sentir bien, ou si ça les fait se sentir mieux, alors c'est aussi bien.

Essayez-vous de faire changer les gens

Non, je n'essaie pas de faire changer les gens.

Vous leur suggérez un changement ?

Ouais peut-être bien, je ne sais pas.

Toutes ces réponses qui finissent par " je ne sais pas " suggère presque quelqu'un qui est possédé ; la manière dont vous dites " Je le fais parce que je le dois. " quelqu'un qui est presque possédé par son art. ressentez-vous cela ?

Eh bien, oui, sauf que je ne prends cela au sérieux. Je ne prend rien au sérieux. C'est facile pour moi. Facile

Pourquoi ne regardez-vous pas les gens ?

Que voulez-vous dire ?

Vous ne regardez pas le public lorsque vous chantez, et là vous ne me regardez pas.

Je n'arrive pas à voir

Vous n'arrivez pas à voir ? Sur scène ?

Non, Il fait sombre dehors.

Et la, non plus vous ne nous regardez personne.

Je ne sais pas pourquoi. Peut-être suis-je embarrassé ?

Vous voudriez faire…

Différentes choses. Je suis très " rôle principal ". Je désire construire un maison, je désire éventuellement avoir des animaux et des enfants. Je ne considère pas qu'il y ait une grande cause ou quoique ce soit à laquelle je pourrais me consacrer, un quelconque objectif ; je veux juste faire ce que n'importe qui veux faire, c'est à dire continuer à vivre. La fin… Il n'y a pas de fin. Juste vivre.

Se lancer dans le vide existentiel ?

Sûr ! Pourquoi pas, mec, je sais pas. Je pense que ce genre d'analyse est sans doute né d'un sentiment de gène. Et moi, je me sens à l'aise

Susan Donaghue (1970) (Jazz and Pop)
(Traduction : Samuel Légitimus)


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