Articles et Interviews


JT déploie son talent - Une critique de l'album " JT " - Rolling Stone- Août 77

 

L'album "JT" est la sortie de James Taylor de son placard personnel.

Dans " Looking for Love on Broadway " il chante: "Had my fill of self-pity" ("j'en ai ma claque de l'auto-apitoiement"). Voilà une chose de déterminante pour un homme qui a presque développé à lui tout seul la posture de l'auteur-compositeur, interprète "les yeux rivés sur le nombril ".

Pourtant l'album justifie la revendication de Taylor. Une seule chanson sur "JT" : "Another Grey Morning " (Un Autre Matin Gris) frise la dépression, et cette chanson illustre plutôt nettement l'évolution de Taylor. La forme et le contenu des oeuvres les plus marquantes de Taylor ont toujours reflété une intense dualité : l'imagerie est toute " nuit et jour" et le chant schizoïde jusqu'à la hantise. Taylor pouvait sembler d'un calme glacial, entonnant des paroles telles " Ain't it just like a friend to hit me from behind " (" n'est-ce pas comme un ami qui me frapperait par derrière ") ou formuler ses paroles les plus terriblement malheureuses sur des morceaux guillerets comme " Sunny Skies " (Cieux Radieux).
Mais le morceau: " Another Grey Morning " ne cache pas ses intentions; il ne fait aucun effort pour arborer une façade heureuse. Il s'agit de l'effet que produit la dépression d'une personne sur quelqu'un d'autre. L'imagerie et l'interprétation passionnantes de Taylor évoquent l'émotion plutôt qu'elles ne la flattent. En fait ( et pour ne pas devenir trop académique) son utilisation du gris plutôt que de sa palette traditionnelle de noir et blanc signale un progrès psychologique et artistique.


Il y a, sur "JT", tout un tas d'évidence de ce progrès. Le chant tout au long du disque sonne chaleureux, le phrasé détendu et intelligent. Et la variété de matériaux permet à Taylor d'enjamber une large gamme émotionnelle.. Sur le morceau: " Honey, Don't Leave L.A " (" Bébé, ne quitte pas L.A ") Taylor adapte la chanson avec sa lecture dure et autoritaire du vers " They don't know nothing in Saint-Tropez " ("Ils connaissent que dalle à Saint-Tropez! ") Taylor se montre en fait, ici, un chanteur rock vraiment convaincant, comme sur " Your Smiling Face " (" Ton Visage Souriant "), le morceau d'ouverture absolument sans retenue de l'album

Taylor appuie occasionnellement sur sa chance, mais, au moins, il prend des risques. Sur " I Was Only Telling a Lie " (" Je ne Faisais que Mentir ") il a l'air de vouloir imiter la voix basse pleine d'affectation de Tom Rush ( celle de: " Who Do You Love ? "), et sa tentative, sur la même chanson, d'évoquer une atmosphère déclassée (" half flat sixpack of lukewarm beer "," six packs de bières tièdes à moitié aplaties ") est un peu forcée. Forcée, également sa fantaisie gospel-jazz " Traffic Jam ". Taylor nous dit : " How I hates to be late " (" combien je déteste être en retard") sans réaliser, à mon avis, le sens de l'utilisation d'un tel idiome archaïque afro-américain.


Mais en général, les risques pris sont payant. " Bartender's Blues " (le Blues du Barman") aurait pu être une parodie banale de Country & Western, si son refrain n'était pas si hautement convaincant. Et le remake de Taylor du " Handy Man " de Jimmy Jones est tellement inattendue qu'il rend viciées toutes les critique sur l'interprétation soul de Taylor. Sa version sensuellement lente du morceau est un chef-d'œuvre d'adaptation et d'interprétation. Dans son tempo relevé, le morceau sonnait légèrement adolescent ; grâce au gentil roucoulement de Taylor, la chanson devient - et réussit à être - plus ouvertement sexuelle


"JT" est l'album le moins crispé et, de loin le plus varié qu'ait réalisé Taylor à ce jour. Ceci dit sans vouloir critiquer les premiers efforts de Taylor ( je suis fan de ses œuvres mêmes les plus douloureuses) . Mais il est bon de l'entendre sonner de manière aussi saine.

Peter Herbst
Rolling Stone (Août 77)


Envoyez nous un e-mail