Si James
Taylor ne suscite de ce côté de l'Atlantique qu'un
intérêt aléatoire, il n'en est pas de même
de l'autre côté, loin s'en faut. Taylor est une énorme
vedette, principalement en Californie et ses disques atteignent
régulièrement les premières places des chats
nationaux. J'avoue être resté assez insensible à
ses premières productions, aussi vous laisserais-je imaginer
quelle fut ma surprise en assistant à l'un des quatre concerts
shows qu'il proposait au début du mois d'août au
Universal Amphithéâtre de L.A.
A L.A.,
nombreuses sont les salles découvertes car le temps s'y
prête admirablement. L'U.A. offre à la fois un cadre
des plus accueillants et une acoustique sans faille. Construite
au sein des Universal Studios (le musée des studios du
cinéma Hollywoodien) cette salle, destinées essentiellement
au rock, est ouverte tous les soirs de l'année et, croyez-le,
le vent qui souffle n'empêche pas les soirées d'être
chaudes. Ces quatre concerts, se déroulant à guichets
fermés, furent l'occasion pour Taylor de présenter
les titres de son nouvel album, " Gorilla ", excellent
au demeurant. Autour de lui on découvre du beau monde,
du très beau monde ; il suffit pour d'en convaincre de
nommer les membres du Band qui l'accompagne : Russ Kunkel (batterie),
Lee Sklar (basse), Danny Kootch (guitares) et Clarence Mc Donald
(claviers). Ces noms vous sont peut-être inconnus, mais
si vous êtes amateurs de productions californiennes - et
vous l'êtes sans aucun doute - vous possédez sûrement
quelques galettes pleines de cire et de bon goût pour lesquelles
ces gentlemen ont prêté leurs valeureux concours.
Pour qualifier le show de James " Gorilla ", il n'existe
qu'un terme sur mesure : perfection. Taylor est une grande asperge
dégingandée qui présente au fief de son anatomie
une gueule de play-boy bronzée, à faire pâlir
plus d'une femelle en rut, ce qui ne gâche en rien, soyez-en
sûr, ses qualités de musiciens. Il émane de
ce personnage, une douceur et un " confort " que l'on
ne peut éviter de ressentir dès l'approche du premier
morceau. Taylor est à l'aise sur la scène en face
de son public comme il l'est à l'intérieur de sa
musique. Il installe avec soin le spectateur dans un climat de
douceur ouatée et de décontraction totale afin de
le plonger entièrement dans son univers musical. Pour ce
faire, il emploie un humour très huppé et le public
suit avec joie, se laisse entraîner sans réticence.
La musique de Taylor ressemble sur scène à celle
de J.J Cale, un feeling viscéral et une mélodie
attachante. Une voix grave et câline à la fois qui
ne se permet aucune sortie, qui entre dans la tête et transporte
l'auditeur, avec un plaisir imperturbable, dans un état
de bien-être profond. C'est un appel constant au rythme,
une pulsion éthéré ; pourtant, lui, haut
perché, guitare en main, ne bouge pas
il fait bouger
et c'est tellement mieux. Un aristocrate du funky. Une musique
de rocking-chair qui n'arrêterait pas de balancer
le réconfort et le plaisir d'Hollywood sans ses fariboles
de pacotilles. La musique arrive à tout, même à
rendre une réalité qui n'existe plus : le faste
d'Hollywood s'en tire grâce à elle. Vous ne pouvez
vous douter à quel point L.A. lui en est reconnaissante.
Taylor n'épargne rien, il envoie à la gueule tous
ses hits qui prennent sur le vif une dimension rayonnante que
le disque ne révèle pas. " Fire and Rain ",
" Machine Gun Kelly ", " Country Road ", "
Sweet Baby James " et aussi les autres, ceux qu'il nous a
fait oublier. Et puis, lorsque le public est totalement conquis,
étranger à tout ce qui ne vient pas de lui, Taylor
invite sur scène ses amis : David Crosby et Graham Nash,
il fallait s'en douter. Quelle joie !
Mais attention,
ne voyez-là rien d'extraordinaire, ce genre de rencontre
est tellement coutumière là-bas, et leur présence
semble si naturelle dans le cadre du show qu'en fait elle n'est
qu'un apport de plus au plaisir, au bien-être déjà
établi. Ce n'est pas un événement mais tout
simplement une réalité qui s'inscrit dans le déroulement
normal des choses. Et ces gens là-bas sur scène
sont tellement beaux, ils prennent visiblement tant de plaisir
à donner du bonheur que de ces deux heures ils font une
éternité. " Mexico " et " How Sweet
It Is ", les deux compères font les churs, une
beauté simple qui va droit au cur. Je ne vous ferais
pas le coup des larmes qui coulent parce que je veux vous préserver
mais cette musique qui sort de derrière les palmiers, installés
sur la scène, tient tout bonnement du miracle. Et que l'on
ne vienne plus me dire que la Californie n'a plus rien à
offrir car je ne vois pas pourquoi la sensibilité et le
charme simple ne pourraient pas être des phénomènes
sociaux autant que le kill ou le cosmique. Tout le monde s'embrasse,
les deux amis se retirent sous la fureur des applaudissements.
Et Taylor continue, il nous veut tout entier
Un être possessif, que voulez-vous. Il quitte la scène
à son tour. Mais il en a trop fait, c'est à notre
tour de l'accaparer et il se soumet de bonne grâce. Il revient
avec sa petite femme. Carly Simon n'arrête plus d'être
belle, elle chante et danse avec lui, " You've Got A Friend
", quant au groupe, il s'éclate derrière eux
sans rien demander à personne. Tout le monde se retire
à nouveau. Et Taylor revient seul pour donner la dernière
note intimiste. C'est le coup final. Les lumières se rallument,
les fumées opiacées s'évadent dans la noirceur
de la nuit et le vent qui souffle n'arrive décidément
pas à refroidir les corps et les esprits échauffés.
(traduction
: Samuel
Légitimus)