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JAMES Taylor à l'Universal Amphithéâtre de L.A. ( Best -1975)

 

Si James Taylor ne suscite de ce côté de l'Atlantique qu'un intérêt aléatoire, il n'en est pas de même de l'autre côté, loin s'en faut. Taylor est une énorme vedette, principalement en Californie et ses disques atteignent régulièrement les premières places des chats nationaux. J'avoue être resté assez insensible à ses premières productions, aussi vous laisserais-je imaginer quelle fut ma surprise en assistant à l'un des quatre concerts shows qu'il proposait au début du mois d'août au Universal Amphithéâtre de L.A.

A L.A., nombreuses sont les salles découvertes car le temps s'y prête admirablement. L'U.A. offre à la fois un cadre des plus accueillants et une acoustique sans faille. Construite au sein des Universal Studios (le musée des studios du cinéma Hollywoodien) cette salle, destinées essentiellement au rock, est ouverte tous les soirs de l'année et, croyez-le, le vent qui souffle n'empêche pas les soirées d'être chaudes. Ces quatre concerts, se déroulant à guichets fermés, furent l'occasion pour Taylor de présenter les titres de son nouvel album, " Gorilla ", excellent au demeurant. Autour de lui on découvre du beau monde, du très beau monde ; il suffit pour d'en convaincre de nommer les membres du Band qui l'accompagne : Russ Kunkel (batterie), Lee Sklar (basse), Danny Kootch (guitares) et Clarence Mc Donald (claviers). Ces noms vous sont peut-être inconnus, mais si vous êtes amateurs de productions californiennes - et vous l'êtes sans aucun doute - vous possédez sûrement quelques galettes pleines de cire et de bon goût pour lesquelles ces gentlemen ont prêté leurs valeureux concours. Pour qualifier le show de James " Gorilla ", il n'existe qu'un terme sur mesure : perfection. Taylor est une grande asperge dégingandée qui présente au fief de son anatomie une gueule de play-boy bronzée, à faire pâlir plus d'une femelle en rut, ce qui ne gâche en rien, soyez-en sûr, ses qualités de musiciens. Il émane de ce personnage, une douceur et un " confort " que l'on ne peut éviter de ressentir dès l'approche du premier morceau. Taylor est à l'aise sur la scène en face de son public comme il l'est à l'intérieur de sa musique. Il installe avec soin le spectateur dans un climat de douceur ouatée et de décontraction totale afin de le plonger entièrement dans son univers musical. Pour ce faire, il emploie un humour très huppé et le public suit avec joie, se laisse entraîner sans réticence. La musique de Taylor ressemble sur scène à celle de J.J Cale, un feeling viscéral et une mélodie attachante. Une voix grave et câline à la fois qui ne se permet aucune sortie, qui entre dans la tête et transporte l'auditeur, avec un plaisir imperturbable, dans un état de bien-être profond. C'est un appel constant au rythme, une pulsion éthéré ; pourtant, lui, haut perché, guitare en main, ne bouge pas… il fait bouger et c'est tellement mieux. Un aristocrate du funky. Une musique de rocking-chair qui n'arrêterait pas de balancer… le réconfort et le plaisir d'Hollywood sans ses fariboles de pacotilles. La musique arrive à tout, même à rendre une réalité qui n'existe plus : le faste d'Hollywood s'en tire grâce à elle. Vous ne pouvez vous douter à quel point L.A. lui en est reconnaissante. Taylor n'épargne rien, il envoie à la gueule tous ses hits qui prennent sur le vif une dimension rayonnante que le disque ne révèle pas. " Fire and Rain ", " Machine Gun Kelly ", " Country Road ", " Sweet Baby James " et aussi les autres, ceux qu'il nous a fait oublier. Et puis, lorsque le public est totalement conquis, étranger à tout ce qui ne vient pas de lui, Taylor invite sur scène ses amis : David Crosby et Graham Nash, il fallait s'en douter. Quelle joie !

Mais attention, ne voyez-là rien d'extraordinaire, ce genre de rencontre est tellement coutumière là-bas, et leur présence semble si naturelle dans le cadre du show qu'en fait elle n'est qu'un apport de plus au plaisir, au bien-être déjà établi. Ce n'est pas un événement mais tout simplement une réalité qui s'inscrit dans le déroulement normal des choses. Et ces gens là-bas sur scène sont tellement beaux, ils prennent visiblement tant de plaisir à donner du bonheur que de ces deux heures ils font une éternité. " Mexico " et " How Sweet It Is ", les deux compères font les chœurs, une beauté simple qui va droit au cœur. Je ne vous ferais pas le coup des larmes qui coulent parce que je veux vous préserver mais cette musique qui sort de derrière les palmiers, installés sur la scène, tient tout bonnement du miracle. Et que l'on ne vienne plus me dire que la Californie n'a plus rien à offrir car je ne vois pas pourquoi la sensibilité et le charme simple ne pourraient pas être des phénomènes sociaux autant que le kill ou le cosmique. Tout le monde s'embrasse, les deux amis se retirent sous la fureur des applaudissements. Et Taylor continue, il nous veut tout entier…
Un être possessif, que voulez-vous. Il quitte la scène à son tour. Mais il en a trop fait, c'est à notre tour de l'accaparer et il se soumet de bonne grâce. Il revient avec sa petite femme. Carly Simon n'arrête plus d'être belle, elle chante et danse avec lui, " You've Got A Friend ", quant au groupe, il s'éclate derrière eux sans rien demander à personne. Tout le monde se retire à nouveau. Et Taylor revient seul pour donner la dernière note intimiste. C'est le coup final. Les lumières se rallument, les fumées opiacées s'évadent dans la noirceur de la nuit et le vent qui souffle n'arrive décidément pas à refroidir les corps et les esprits échauffés.

(traduction : Samuel Légitimus)

 


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