JAMES TAYLOR

N° 84 dans le classement Rolling Stone des IMMORTELS DU ROCK

par Art GARFUNKEL

(traduction: Samuel Légitimus)

( illustration Dan Brown )

Je me passe du James Taylor avant chacun de mes concerts. Je chauffe ma voix dans ma loge sur "Handy Man", "Sarah Maria", "Song for You Far Away", "Sweet Baby James", "Copperline" et une vingtaine d’autres favoris. Je passe ensuite du ton de basse baryton de James au fameux ténor des Everly Brothers (celui de Don d’abord, puis celui de Phil).

Et tandis que je chante à l’unisson avec James, mon respect pour lui croît au fur et à mesure; mon cœur et mon esprit se trouvent engagés dans la sobre intelligence de la chanson et la beauté du chant.
La précision du diapason de James est comme l’honnêteté du négociant. Cette précision a toujours été, pour moi, une qualité primordiale dans l’art du chant.

Il y a dans la tendresse de ses textes (écoutez la chanson « Gaïa » de l’album Hourglass) un amour irradiant toutes choses vivantes – tout ce qui vit sur terre.

Si la vibration de la corde vocale était comme surfer sur le renflement du coeur, James serait mon surfeur préféré – décollant légèrement dans les airs, sublime dans les embruns.
Ce n’est pas un hasard si le label Apple des Beatles nouvellement formé, a cru bon de signer James Taylor sitôt que celui-ci s’est présenté. Parmi nous, Américains, il est le meilleur.

Je devine le genre de "musique folk” qui a dû l'instruire lorsqu'il était jeune. (Il m’a fallu, moi aussi, errer “early and late . . .”)

J’ai eu l’immense chance de collaborer avec lui en de nombreuses occasions. Nous nous sommes invités l’un l’autre sur plusieurs de nos albums respectifs. Je me rappelle notre arrangement en trio de : "(What a) Wonderful World" avec mon Paul - James et moi nous sommes en fait rencontrés - faut-il s’en étonner - dans l’appartement de celui-ci.

C’était en 77. Deux artistes fabuleux allaient me faire le cadeau de leur voix et de leur jeu de guitare pour mon album « Watermark» Comme le chante Paul : j’ai dû faire quelque chose de bien !

Ce qu’il y a de mémorable aujourd’hui, c’est la facilité et l’efficacité avec lesquelles nous avons tous les trois trouvés nos harmonies. Il y avait une sensibilité et un respect profond entre nous trois.
James est tellement bon. Sa précision de la note traduit, tout simplement, un sens de la musique impeccable. Appelez cela du raffinement ou de la civilité face à la vie intelligente. Ressentez-vous la chaleureuse dignité du morceau que James à dédié à Martin Luther King Jr. ("Shed a Little Light") Certaines personnes éprouvent de la difficulté face à la contrainte du perfectionnisme. Mais je pense que "parfait" est le terme qui le qualifie le mieux.
J’espère qu’il lira cet hommage de ma part et reconnaîtra en lui la grande valeur personnelle que son existence représente pour un de ses collègues. Et j'espère qu’il « se fendra d’un sourire allant d’une oreille à l’autre », comme cela lui arrive lorsqu’il sent que : « C’est la raison pour laquelle je suis sur terre! » (That’s Why I’m Here)
 
Rolling Stone n° 972 -21 Avril 2005 - Les Immortels du Rock
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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